CAN 2025: QUAND LE SIFFLET HÉSITE ET QUE LES RÉSEAUX MURMURENT CHRONIQUE D’UN SACRE SOUS INFLUENCE

Franck Gutenberg
Getti Image

Il y a les Coupes d’Afrique des nations que l’on joue. Et puis il y a celles que l’on raconte. La CAN 2025, organisée avec faste au Maroc, appartient résolument à la seconde catégorie: un tournoi où les buts comptent, certes, mais où les silences pèsent parfois bien plus lourd que les filets qui tremblent.

Car enfin, que retenir? Des matchs disputés ? Sans doute. Des émotions ? Évidemment. Mais surtout cette impression persistante  presque entêtante que quelque chose, quelque part, ne tournait pas tout à fait rond dans la grande mécanique du football africain, pilotée par la très sérieuse Confédération africaine de football.

Sur la pelouse, les arbitres ont sifflé. Ou plutôt, ils ont interprété. Avec une créativité qui, à défaut d’unanimité, aura au moins eu le mérite de susciter des débats passionnés. Faut-il parler d’erreurs humaines? D’appréciations discutables ? Ou d’un sens aigu de l’opportunité contextuelle? La question reste posée et soigneusement sans réponse.

Car dans les hautes sphères, on ne parle jamais de “scandale”. On évoque des “incidents”. On ne dit pas “controverse”. On préfère “séquence regrettable”. Le lexique est feutré, presque élégant. À l’image de cette gouvernance du football africain où tout semble toujours sous contrôle surtout l’imprévu.

Pendant ce temps, dans les tribunes VIP et les salons diplomatiques, une silhouette ne passait pas inaperçue : celle de Gianni Infantino, président de la FIFA, dont la présence prolongée au Maroc a fini par ressembler moins à une visite protocolaire qu’à une résidence secondaire officieuse. Matchs, réceptions, sourires, poignées de main : une omniprésence qui, à force d’être normale, en devenait presque remarquable.

Officiellement, rien à signaler. Officieusement, beaucoup à interpréter.

Car le football moderne n’est pas seulement un sport : c’est un langage. Et dans ce langage, les symboles comptent. Une présence ici. Une proximité là. Un silence ailleurs. Autant de signes qui, mis bout à bout, dessinent des récits parallèles  rarement confirmés, jamais totalement dissipés.

Au centre de cette partition délicate, Patrice Motsepe, président de la Confédération africaine de football, chef d’orchestre d’une institution sommée de rassurer sans jamais vraiment expliquer. À chaque polémique, la même musique: indépendance des commissions, respect des procédures, intégrité du processus. Une symphonie bien rodée, dont les notes commencent pourtant à sonner familièrement creuses aux oreilles d’un public de plus en plus sceptique.

Et puis il y a le Maroc, pays hôte, vitrine d’un football africain ambitieux, moderne, conquérant. Un organisateur irréprochable du moins sur le plan logistique. Mais aussi, aux yeux de certains, un acteur dont l’influence dépasse désormais largement les lignes de touche. Réalité ou fantasme ? Là encore, la frontière est aussi floue qu’un ralenti mal cadré.

Le plus fascinant, au fond, n’est pas tant ce qui s’est passé que ce que chacun croit avoir vu. Dans cette CAN, les faits sont discutés, les décisions contestées, mais les perceptions elles sont profondément ancrées. Et dans le football contemporain, la perception est une vérité qui n’a pas besoin de preuve pour exister.

Ainsi se dessine une CAN 2025 à double lecture:

  • officielle, maîtrisée, institutionnelle
  • officieuse, murmurée, soupçonnée

Deux récits qui coexistent sans jamais se rencontrer, comme deux équipes refusant obstinément de jouer sur le même terrain.

Au final, personne n’avouera rien. Personne ne prouvera tout. Mais une chose est certaine : le football africain sort de cette séquence avec une question suspendue au-dessus de lui, comme un ballon qui refuse de retomber.

Et si, finalement, le vrai match ne se jouait pas sur la pelouse mais dans les coulisses où se croisent influence, pouvoir et élégants silences?