Il fallait bien que cela arrive au grand théâtre des ambitions globales, l’Afrique, éternelle puissance en devenir, se retrouve une fois de plus à débattre… d’elle-même. Et au centre de cette chorégraphie diplomatique savamment désaccordée, un homme: Macky Sall, ancien président sénégalais, désormais aspirant à l’un des trônes les plus convoités de la planète le secrétariat général de l’Organisation des Nations unies.
Sur le papier, tout semblait pourtant simple. L’Union africaine, fidèle à sa rhétorique d’unité continentale, aurait pu dérouler le tapis rouge à son candidat, brandir haut l’étendard d’une Afrique parlant d’une seule voix, et envoyer au monde un message limpide : « Voici notre champion. » Mais voilà entre le discours et la pratique, il y a ce petit détail qu’on appelle la réalité.
Car dans les salons climatisés d’Addis-Abeba, capitale officieuse des grandes espérances africaines, le soutien à Macky Sall ressemble moins à une marche triomphale qu’à une danse hésitante. Ici, un État toussote discrètement. Là, un autre lève un sourcil sceptique. Plus loin, certains s’interrogent, non sans une pointe d’ironie: l’Afrique doit-elle vraiment se découvrir une vocation d’unanimité… précisément maintenant?
Le mécanisme dit « de silence » merveille bureaucratique où l’absence d’objection vaut approbation s’est ainsi transformé en un exercice d’équilibrisme. Un silence qui, loin d’être apaisé, résonne comme un brouhaha contenu. Car chacun sait que dans cette affaire, le non-dit parle souvent plus fort que les déclarations officielles.
Et comment pourrait-il en être autrement ? L’Afrique, ce continent aux 54 voix, n’est pas un chœur harmonieux mais une polyphonie complexe, parfois dissonante. Derrière chaque position se cachent des calculs subtils, des rivalités régionales, et cette question lancinante: pourquoi lui, et pas moi ou du moins, pas l’un des miens?
Pendant ce temps, sur la scène mondiale, les grandes puissances observent. Car si l’Organisation des Nations unies aime à se draper dans les habits du multilatéralisme, chacun sait que la désignation de son secrétaire général relève moins d’un concours de popularité que d’une partie d’échecs entre membres permanents du Conseil de sécurité. Autrement dit, même un candidat adoubé avec ferveur par l’Union africaine ne serait jamais qu’un prétendant parmi d’autres dans une arène où les règles ne sont jamais entièrement écrites.
Quant à Macky Sall lui-même, il avance, imperturbable, porté par l’assurance tranquille de ceux qui ont déjà occupé les sommets du pouvoir. Mais son ombre politique, elle, voyage avec lui : débats internes, critiques sur sa gouvernance, souvenirs encore frais pour certains de ses pairs africains. Autant de détails que la diplomatie ne mentionne jamais… mais n’oublie jamais non plus.
Ainsi se dessine ce tableau délicieusement paradoxal : une Afrique qui proclame son unité tout en la négociant à chaque instant; une candidature à la fois soutenue et contestée ; un silence qui fait du bruit.
Et au bout du compte, une question, simple en apparence mais redoutable dans ses implications: l’Afrique veut-elle vraiment parler d’une seule voix ou préfère-t-elle continuer à débattre du ton à adopter?
Dans ce feuilleton aux accents presque shakespeariens, une certitude demeure: quelle que soit l’issue, le monde écoutera. Peut-être pas toujours ce que l’Afrique dit. Mais assurément la manière dont elle hésite à le dire.