VOLLEY-SCANDALE À LA CAMEROUNAISE: QUAND L’ÉTAT JOUE CONTRE LA RÉPUBLIQUE

Franck Gutenberg
Getty Image

Un État contre lui-même

À un mois du 20e Championnat du monde féminin de volley-ball en Thaïlande (août-septembre 2025), le Cameroun se distingue une fois de plus, non pas par ses performances sportives, mais par un scandale d’État retentissant. Une prétendue équipe nationale féminine, sans base légale, a tenté d’obtenir des visas auprès de l’ambassade du Brésil. Le soutien de cette délégation ? Non pas la FECAVOLLEY reconnue par la justice, mais le ministère des Sports lui-même.

Alertée par le ministère des Affaires étrangères (MINREX), l’ambassade brésilienne à Yaoundé a immédiatement rejeté la tentative, refusant même de recevoir les dossiers. Ce refus symbolise bien plus qu’un simple incident administratif : il révèle un profond dysfonctionnement institutionnel.

Le scandale étouffé des vestiaires : promesses, abus et grossesses

Quelques mois avant ce nouveau fiasco diplomatique, un autre drame secouait la Fédération Camerounaise de Volleyball. Dans l’ombre des vestiaires, plusieurs jeunes joueuses ont été victimes de violences sexuelles perpétrées par des encadreurs leur promettant une vie meilleure en Europe.

Plus de six filles se sont retrouvées enceintes, abandonnées par un système qui les avait déjà trahies. Pas d’enquête, pas de sanctions, pas de justice. Seulement le silence complice d’une hiérarchie déterminée à protéger ses bourreaux et à sacrifier ses victimes. Dans un pays où l’abus de pouvoir est érigé en méthode de gestion, ces jeunes sportives n’ont reçu que mépris et exclusion.

Diplomatie détournée : quand le passeport devient une arme

Après le rejet du Brésil, la manœuvre du ministère devient plus sournoise : utiliser des passeports de service pour faire passer cette équipe illégitime pour une mission administrative. Cette stratégie vise à tromper les représentations diplomatiques et à obtenir des visas en abusant du sceau de l’État.

Cette fraude institutionnalisée est non seulement contraire à l’éthique, mais elle constitue une menace pour la réputation du Cameroun à l’international. Elle fait des ambassades les complices involontaires d’opérations d’immigration déguisée, rappelant des précédents récents.

Zurich, épisode 1 – Bangkok, épisode 2?

En janvier 2025, 19 faux handballeurs camerounais ont été arrêtés à Zurich, alors que l’équipe officielle jouait en Égypte. Le cerveau de l’opération n’était autre qu’un haut cadre du MINSEP. Résultat : condamnation, expulsion, humiliation nationale. Et pourtant, aucune leçon n’a été tirée.

Ce qui se joue aujourd’hui n’est que la répétition cynique d’un scénario déjà connu, avec la même arrogance et la même impunité. Le scandale devient routine.

Institutions piétinées : que reste-t-il de l’État?

Pourtant, les institutions compétentes ont été claires :

  • La Cour Suprême a invalidé l’équipe dissidente.
  • Le MINREX a notifié les chancelleries de la légitimité de Julien Serge Abouem.
  • Le MINFI a refusé tout financement à l’équipe fantôme.

Mais le MINSEP, sourd à ces décisions, continue de manipuler les rouages administratifs pour imposer l’illégalité comme norme.

Un avertissement républicain

Le sport ne doit pas devenir le laboratoire d’une fraude d’État. Les passeports de service ne sont pas des laissez-passer pour la corruption, et les ambassades ne sont pas des complices passifs d’un pouvoir déviant.

Si les chancelleries étrangères commencent à douter de l’authenticité des documents officiels camerounais, c’est toute la souveraineté nationale qui vacille. Pire encore, c’est la crédibilité du Cameroun sur la scène internationale qui est irrémédiablement atteinte.

Il est temps de sonner l’alerte

Il est impératif que:

  • La presse se libère pour dénoncer,
  • L’opinion publique s’indigne avec force,
  • Les responsables soient traduits en justice.

La République ne peut plus être un refuge pour la forfaiture. Il en va de l’honneur du pays, de la protection de ses citoyens, et du respect de ses institutions.