Un passeport pour la souveraineté: Le trio sahélien renforce son alliance par une identité commune et une force militaire intégrée
Dans un acte historique de défiance politique et de réinvention régionale, les gouvernements militaires du Niger, du Mali et du Burkina Faso ont annoncé la mise en circulation d’un passeport commun à compter du 29 janvier, date symbolique marquant leur retrait officiel de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).
Mais cette annonce dépasse le symbolisme. Elle illustre un réalignement stratégique profond alors que les trois pays sahéliens, dirigés par des juntes militaires, consolident leur alliance sous la bannière de la Confédération des États du Sahel (AES). Ce passeport commun, présenté comme un document d’identité partagé, témoigne d’une volonté claire d’intégration renforcée, de coopération transfrontalière et de rupture idéologique avec les modèles classiques de gouvernance régionale.
Repenser les alliances régionales
Autrefois considérés comme des piliers de la CEDEAO, ces trois pays se positionnent désormais comme les architectes d’un nouveau bloc géopolitique, centré sur la souveraineté nationale, l’autonomie et la sécurité intérieure, plutôt que sur une diplomatie régionale influencée par des acteurs extérieurs.
Leur départ de la CEDEAO survient dans un contexte de tensions croissantes entre les juntes et l’organisation sous-régionale, qui a condamné à plusieurs reprises les coups d’État militaires et imposé des sanctions. Pour le Niger, le Mali et le Burkina Faso, la CEDEAO est de plus en plus perçue comme un instrument de pression économique et politique occidentale une perception qui a nourri le soutien populaire en faveur d’un nouveau modèle de gouvernance.
Un front commun contre le jihadisme
Le passeport commun ne constitue qu’un élément d’une stratégie plus large. Les trois pays se sont engagés à créer une force conjointe de 5 000 soldats pour faire face aux insurrections jihadistes qui ravagent la région depuis plus d’une décennie. Chacun a subi de lourdes pertes face aux groupes extrémistes, souvent avec un soutien international jugé insuffisant ou controversé, à l’image de l’opération Barkhane menée par la France ou de la défunte force conjointe du G5 Sahel.
Les critiques affirment que ces interventions étrangères ont parfois été contre-productives, aggravant les tensions locales. En revanche, l’AES met en avant une réponse africaine, souveraine, ancrée dans le leadership local et dans une volonté de reprendre la main sur la sécurité régionale.
Identité nationale, ambition régionale …… Des défis à l’horizon
Néanmoins, de nombreuses questions demeurent. Sans le soutien de la CEDEAO, les citoyens de ces pays risquent de subir des restrictions de circulation ou des sanctions économiques de la part des États voisins. L’alliance militaire pourra-t-elle réellement garantir la sécurité et la stabilité promises, ou reproduira-t-elle simplement les échecs de l’ordre régional précédent sous une autre forme ?
Des observateurs soulignent également que la réussite à long terme du projet AES dépendra de la capacité des dirigeants militaires à évoluer vers une gouvernance responsable et transparente. Alors que l’enthousiasme est palpable à Niamey, Bamako et Ouagadougou, l’enjeu sera de préserver l’unité régionale face aux tensions politiques internes, aux contraintes économiques et à la persistance de la violence.
Un nouveau chapitre pour le Sahel
Le Sahel s’apprête peut-être à vivre sa plus grande transformation depuis des décennies. Le passeport commun des trois nations marque une affirmation audacieuse d’un avenir partagé, fondé sur la résilience, l’indépendance et la rupture avec les héritages de dépendance extérieure et de diplomatie fragmentée.
Pour les peuples du Niger, du Mali et du Burkina Faso, cela pourrait bien être l’aube d’une nouvelle identité régionale, si la promesse de souveraineté se traduit concrètement par la paix, la prospérité et l’unité.