NETANYAHU À L’ONU: IL AVAIT LE MICROPHONE, DES DÉLÉGUÉS ONT CHOISI LA PORTE

Franck Gutenberg
NEW YORK – 24 SEPTEMBRE : Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu prend la parole lors de la 81ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations Unies (ONU), au siège de l’Organisation, le 24 septembre 2026, à New York. (Photo: Alexi J. Rosenfeld/Getty Images)

USAFRICA NEWS | ÉDITORIAL INTERNATIONAL

NEW YORK — En diplomatie, il existe mille façons d’exprimer son désaccord. On peut publier un communiqué soigneusement rédigé. On peut rappeler son ambassadeur. On peut voter contre une résolution. On peut multiplier les déclarations de « profonde préoccupation », formule favorite d’un monde diplomatique qui semble parfois croire qu’il suffit d’ajouter le mot « profonde » pour résoudre une crise. Et puis, il existe une méthode beaucoup plus simple : se lever, tourner le dos et partir.

C’est l’image qui a marqué le passage du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à la tribune de l’Assemblée générale des Nations Unies, à New York.

Alors qu’il prenait la parole, des dizaines de délégués ont quitté la salle.

Netanyahu avait le microphone. Eux avaient la porte. Et, pendant quelques instants, la porte a peut-être parlé plus fort que le microphone.

IL ÉTAIT VENU POUR ÊTRE ENTENDU. CERTAINS ONT REFUSÉ D’ÉCOUTER.

Soyons précis. Les Nations Unies n’ont pas expulsé Benjamin Netanyahu. Son intervention n’a pas été annulée. Israël n’a pas été privé de son droit de parole. De nombreuses délégations sont restées dans la salle. Mais certains représentants ont délibérément choisi de quitter leur siège pendant son intervention. Cette distinction est essentielle. Il ne s’agissait pas d’une sanction institutionnelle, mais d’une protestation politique et symbolique. Et, en diplomatie, le symbole possède parfois une puissance extraordinaire.

Une chaise vide ne prononce aucun discours.

Elle ne crie pas.

Elle ne vote pas.

Elle ne publie aucun communiqué.

Pourtant, lorsqu’elles se multiplient, les chaises vides peuvent envoyer un message que personne dans la salle ne peut prétendre ne pas avoir vu.

LE PARADOXE : QUITTER LA SALLE POUR SE FAIRE ENTENDRE

Voilà peut-être l’ironie la plus remarquable de cette scène.

Les diplomates qui sont partis ne disposaient pas du microphone.

Ils n’avaient pas la tribune.

Ils n’étaient pas les principaux protagonistes de cette séquence.

Et pourtant, leur départ est devenu un élément important de l’histoire.

Ils ont quitté la salle pour être entendus.

Quelle étrange époque diplomatique.

Pendant des décennies, obtenir la parole à l’ONU représentait l’occasion suprême de faire entendre la position d’un pays.

Aujourd’hui, parfois, le refus d’écouter devient lui-même un discours.

Pas un mot.

Pas une phrase.

Pas même une virgule.

Seulement une sortie.

MAIS QUI A VRAIMENT ÉTÉ HUMILIÉ ?

La tentation serait grande de résumer la scène en quatre mots :

« Netanyahu humilié à l’ONU. »

Ce serait spectaculaire.

Ce serait probablement très partageable.

Mais ce serait aussi trop simple.

Car la véritable question est bien plus intéressante.

Qui cette scène met-elle réellement en difficulté ?

Benjamin Netanyahu, confronté à une manifestation visible de rejet de la part d’une partie des représentants présents ?

Les diplomates qui ont préféré partir plutôt que rester pour entendre un dirigeant avec lequel ils sont profondément en désaccord ?

Ou les Nations Unies elles-mêmes, dont la raison d’être consiste précisément à maintenir le dialogue entre des États qui, parfois, ne peuvent presque plus se supporter ?

Réfléchissons un instant.

Si des adversaires ne peuvent plus rester quelques minutes dans la même salle, comment pourront-ils un jour rester plusieurs heures autour de la même table de négociation ?

Voilà la question la plus inquiétante.

GAZA EST ENTRÉE DANS LA SALLE AVEC NETANYAHU

Benjamin Netanyahu n’est évidemment pas arrivé à New York dans un vide politique.

Il est arrivé avec Gaza.

Avec la guerre.

Avec les otages.

Avec les morts israéliens.

Avec les morts palestiniens.

Avec les destructions.

Avec les accusations portées contre son gouvernement.

Avec les critiques internationales.

Avec les questions concernant l’avenir des Palestiniens.

Avec les divisions profondes sur la conduite de la guerre.

Autrement dit, lorsqu’il est monté à la tribune, il n’était pas seulement Benjamin Netanyahu.

Aux yeux de ses partisans comme de ses détracteurs, il incarnait plusieurs années d’une confrontation devenue l’une des plus explosives et émotionnellement chargées de la politique internationale.

Voilà pourquoi certains sont restés.

Voilà pourquoi d’autres sont partis.

Et voilà pourquoi chaque mouvement dans cette salle avait une signification politique.

LE PROBLÈME DES IMAGES: ELLES N’ATTENDENT PAS LA FIN DU DISCOURS

Netanyahu pouvait avoir préparé un discours détaillé.

Ses conseillers pouvaient avoir travaillé chaque phrase.

Chaque argument pouvait avoir été répété.

Chaque message pouvait avoir été soigneusement positionné dans une stratégie de communication.

Mais la communication politique moderne possède une règle impitoyable :

une image peut, en quelques secondes, anéantir la maîtrise du récit qu’un discours tente de construire pendant une heure.

Un dirigeant à la tribune.

Des diplomates qui se lèvent.

Des représentants qui se dirigent vers les sorties.

Des rangées de sièges qui se vident.

Voilà une image immédiatement compréhensible à Lagos, Johannesburg, Paris, Washington, Yaoundé, Dakar ou Nairobi.

Nul besoin de traduction.

Nul besoin d’une analyse géopolitique de cinquante pages.

L’image pose elle-même la question :

Que vient-il de se passer ?

Et, à l’ère des réseaux sociaux, cette question pèse parfois davantage que le discours lui-même.

MAIS ATTENTION : L’INDIGNATION SÉLECTIVE EST AUSSI UNE FORME D’HYPOCRISIE

C’est ici que USAFRICA NEWS doit aller plus loin.

Car il serait trop facile d’applaudir automatiquement chaque départ sans poser une autre question.

Si quitter la salle devient un moyen de protester contre la politique d’un gouvernement, ce principe sera-t-il appliqué avec la même détermination à tous les gouvernements ?

Voilà la question qui dérange.

Lorsque d’autres dirigeants accusés de violations graves des droits humains prennent la parole, les mêmes délégations se lèvent-elles systématiquement ?

Lorsque les intérêts économiques sont importants, l’indignation conserve-t-elle la même vigueur ?

Lorsque le pays concerné est un allié stratégique, les principes restent-ils aussi inflexibles ?

Lorsque les victimes se trouvent loin des caméras occidentales, leurs souffrances produisent-elles les mêmes gestes spectaculaires ?

Voilà où la morale internationale rencontre souvent son plus vieil adversaire :

les intérêts.

Les droits humains ne devraient pas dépendre du passeport des victimes.

Le droit international ne devrait pas changer de définition selon le nom du pays placé sur le banc des accusés.

Et la conscience internationale ne devrait pas fonctionner comme un interrupteur :

ON pour les adversaires. OFF pour les alliés.

ISRAËL A DROIT À LA SÉCURITÉ. LES PALESTINIENS ONT DROIT À LA DIGNITÉ.

Il faut également refuser le piège qui consiste à croire que toute discussion impose nécessairement de choisir un seul peuple.

Reconnaître le droit d’Israël à vivre en sécurité ne devrait pas obliger à ignorer les souffrances palestiniennes.

Défendre les droits des Palestiniens ne devrait pas signifier minimiser les attaques contre des civils israéliens.

Condamner le terrorisme ne signifie pas accorder un chèque en blanc à un gouvernement.

Critiquer le gouvernement Netanyahu ne signifie pas condamner le peuple israélien.

Défendre les Palestiniens ne signifie pas défendre chaque organisation qui prétend agir en leur nom.

Ces distinctions sont indispensables.

Car lorsque la politique transforme des populations entières en prolongements de leurs gouvernements, ce sont généralement les civils qui en paient le prix.

ET L’AFRIQUE ? TOUJOURS SPECTATRICE DES GUERRES DIPLOMATIQUES DES AUTRES ?

L’Afrique devrait observer cette scène avec beaucoup d’attention. Mais elle ne devrait pas se contenter de choisir parmi des slogans élaborés ailleurs. Le continent entretient des relations avec Israël. Il entretient des relations historiques avec la Palestine. Il travaille avec les États-Unis, l’Europe, les pays arabes, l’Iran et de nombreuses autres puissances. Pourquoi, dès lors, la position africaine devrait-elle être une simple photocopie de celle de Washington, Bruxelles, Moscou, Pékin ou Téhéran ?

L’Afrique doit penser par elle-même.

Elle doit défendre les civils. Elle doit défendre le droit international. Elle doit condamner le terrorisme. Elle doit dénoncer les violations graves lorsqu’elles se produisent. Et surtout, elle doit appliquer ces principes indépendamment de l’identité de celui qui les viole. Une vie israélienne n’est pas supérieure à une vie palestinienne. Une vie palestinienne n’est pas supérieure à une vie israélienne. Et une vie africaine ne devrait certainement pas avoir moins de valeur simplement parce qu’elle s’éteint loin des projecteurs de Manhattan.

L’ONU : UNE SALLE POUR PARLER OU UNE SCÈNE POUR PROTESTER ?

Cette séquence soulève, en définitive, une question qui dépasse largement Netanyahu. À quoi sert encore l’Assemblée générale ? Est-elle un endroit où les adversaires viennent s’écouter ? Un endroit où ils viennent simplement réciter leurs positions ? Ou devient-elle progressivement une immense scène mondiale où chaque délégation met en scène son propre moment politique avant de repartir ? L’ONU n’a jamais été un lieu d’harmonie. Elle n’a d’ailleurs jamais été conçue pour cela. Elle existe précisément parce que les États sont en désaccord. Si tout le monde était ami, les Nations Unies n’auraient aucune raison d’être. Le véritable test du multilatéralisme n’est donc pas de réunir ceux qui s’aiment.

Il consiste à maintenir dans la même pièce ceux qui ne peuvent plus se supporter. Voilà pourquoi cette sortie collective mérite davantage qu’un titre spectaculaire. Elle est aussi le symptôme d’une diplomatie internationale profondément malade.

NETANYAHU AVAIT LE MICROPHONE. LES AUTRES AVAIENT LEURS PIEDS.

Il y a malgré tout quelque chose de presque brutal dans la simplicité de cette scène. Netanyahu disposait du droit de parler. Les autres disposaient du droit de ne pas rester. C’est aussi cela, la diplomatie. Le droit de s’exprimer n’est pas le droit d’être applaudi. Le droit de monter à la tribune n’oblige personne à approuver ce que vous dites. Mais le refus d’écouter implique également une responsabilité. Car, tôt ou tard, après les guerres, les accusations, les sanctions, les boycotts et les sorties théâtrales, quelqu’un devra revenir dans une salle. Quelqu’un devra s’asseoir. Quelqu’un devra écouter. Et quelqu’un devra négocier.

USAFRICA NEWS — NOTRE REGARD

Alors non, nous ne résumerons pas cette scène à: « Netanyahu humilié à l’ONU. » Ce serait manquer l’essentiel. Ce que nous avons vu est beaucoup plus préoccupant. Nous avons vu un premier ministre monter à la tribune de l’organisation créée pour permettre aux nations de se parler, tandis que certains représentants choisissaient précisément de ne plus l’écouter. Nous avons vu l’ampleur du rejet auquel le gouvernement Netanyahu fait face au sein d’une partie de la communauté international. Mais nous avons également vu les limites d’une diplomatie mondiale dans laquelle le geste symbolique menace parfois de se substituer au dialogue.

Alors voici la question que USAFRICA NEWS pose à ses lecteurs : QUAND DES DIPLOMATES PRÉFÈRENT LA PORTE AU DISCOURS D’UN PREMIER MINISTRE, QUI A RÉELLEMENT PERDU?

Netanyahu ? Ceux qui sont partis ? Les Nations Unies ? Ou la diplomatie elle-même ? Une chose est certaine. Netanyahu avait le microphone. Ses détracteurs avaient la porte. Et pendant quelques minutes, à New York, les sièges vides ont parlé sans prononcer un seul mot.

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