LA RDC ET LE M23 SIGNENT UN ACCORD DE PAIX AU QATAR, MAIS LES PLAIES DE L’HISTOIRE RESTENT BÉANTES

Franck Gutenberg
M23 rebels guard a unit of surrendering Congolese military troops in Bukavu, Democratic Republic of Congo.[File: Hugh Kinsella Cunningham/Getty Images]

DOHA, QATAR — Dans un mouvement diplomatique inattendu, la République Démocratique du Congo et le groupe rebelle M23 ont signé une déclaration de principes visant à mettre fin au conflit brutal qui sévit dans l’est du pays. Cet accord, négocié à Doha, représente un tournant significatif après des années de violences et de méfiance mutuelle. Cependant, les experts mettent en garde : la paix restera fragile tant que les blessures historiques profondes ne seront pas reconnues et traitées.

L’annonce de l’accord, faite samedi à Doha, fait suite à plusieurs mois de navettes diplomatiques, avec des étapes à Washington, D.C., et de nombreuses réunions de haut niveau impliquant des acteurs régionaux et internationaux. En mars, des médiateurs qataris avaient facilité une rencontre rare entre le président congolais Félix Tshisekedi et son homologue rwandais Paul Kagame. Les deux dirigeants avaient alors appelé à un cessez-le-feu « immédiat et inconditionnel », ouvrant la voie à des négociations directes avec le M23, autrefois qualifié de « groupe terroriste » par Kinshasa.

Un conflit enraciné dans un traumatisme régional

Le conflit entre le gouvernement congolais et les rebelles du M23 remonte à près de trente ans, dans le sillage du génocide rwandais de 1994. Après le génocide, de nombreux responsables et personnes déplacées, dont d’anciens militaires rwandais et des milices hutu, ont fui vers l’est de la RDC, où ils ont formé des groupes armés tels que les FDLR (Forces Démocratiques de Libération du Rwanda).

En réponse, le Rwanda a adopté une posture sécuritaire agressive, franchissant fréquemment la frontière congolaise pour pourchasser ces groupes. Cette politique interventionniste a jeté les bases de la formation de forces armées par procuration, dont le M23 (Mouvement du 23 mars), ainsi nommé en référence à un accord de paix avorté signé en 2009 entre le gouvernement congolais et le prédécesseur du groupe, le CNDP (Congrès National pour la Défense du Peuple).

Composé principalement de combattants tutsis congolais, le M23 a attiré l’attention de la communauté internationale en 2012, lorsqu’il a capturé la ville de Goma, capitale de la province du Nord-Kivu. Bien que le groupe ait été militairement défait en 2013, il a refait surface fin 2021 avec une force renouvelée, lançant des attaques qui ont déplacé plus d’un demi-million de civils et ravivé les tensions ethniques dans toute la région.

Nouvelles négociations, anciennes suspicions

Malgré sa position antérieure intransigeante, Kinshasa a commencé à revoir sa stratégie après que les forces du M23 ont repris plusieurs localités du Nord-Kivu plus tôt cette année. L’avancée du groupe a suscité une vague de condamnations, et la RDC, soutenue par les Nations unies et les puissances occidentales, a accusé le Rwanda de soutenir la rébellion par l’envoi de troupes et d’armes — des allégations que Kigali nie depuis longtemps.

En juin, des discussions menées sous l’égide des États-Unis à Washington ont abouti à un accord de paix distinct entre la RDC et le Rwanda, avec un rôle de médiateur étonnant joué par le président américain Donald Trump. Ce dernier aurait averti que des « sanctions très sévères, financières et autres » seraient appliquées en cas de non-respect du cessez-le-feu.

Bien que largement symbolique, l’accord de Washington a préparé le terrain pour la déclaration de Doha, qui trace une voie vers la désescalade et une paix durable. Toutefois, cette déclaration n’aborde pas directement les revendications politiques du M23 ni les modalités de sa réintégration dans la société congolaise — deux questions qui ont historiquement compromis les cessez-le-feu précédents.

Une paix fragile

L’accord négocié au Qatar est salué comme une percée, mais les observateurs restent prudents. « Ce n’est pas la première fois que nous voyons des déclarations de paix », a déclaré un analyste régional. « Ce qui compte, c’est ce qui se passe lorsque les caméras s’éteignent et que les vraies négociations commencent. »

Avec plusieurs pays voisins ayant déployé des troupes dans l’est de la RDC et un enchevêtrement complexe de griefs historiques non résolus, le risque de reprise des hostilités demeure élevé.

Pour les Congolais, en particulier ceux vivant dans les provinces meurtries du Nord et du Sud-Kivu, l’espoir est que cette fois-ci, les signatures apposées sur le papier se traduiront par la sécurité, la stabilité et la justice. Mais après des décennies de violence, cet espoir reste prudent — et hanté par les nombreuses promesses non tenues.