LA MOMIE DE MVOMEKA’A: QUAND LE CAMEROUN EST GOUVERNÉ PAR UN SPECTRE ET SES APPRENTIS SORCIERS

Franck Gutenberg
Getty Image

C’est l’histoire d’un royaume tropical gouverné par… personne. Ou presque. Un fantôme de 92 ans, invisible et injoignable, censé présider aux destinées d’un peuple maintenu dans le formol de la peur depuis 43 ans. Paul Biya, l’homme-lézard du pouvoir éternel, serait, à en croire ce pamphlet enragé, plus proche du congélateur que du Conseil constitutionnel.

Mais que les Camerounais se rassurent : le pays est entre de bonnes mains. Celles de Chantal, la Régente aux robes fleuries et aux ambitions veloutées. Et autour d’elle gravite un cénacle d’alchimistes politiques : Ferdinand Ngoh Ngoh le Grand Manipulateur, Atanga Nji le Shérif d’opérette, Ayolo le Valet présidentiel en chef et Oswald Baboké, community manager officiel du royaume des morts-vivants.

Le journaliste en cavale Michel Ngatchou, désormais prophète numérique de la révolte, ne mâche pas ses mots. Depuis son exil volontaire (ou forcé), il mitraille le régime d’accusations aussi fracassantes que… réalistes. Selon lui, ce n’est plus un État, mais une loge satanique où la gouvernance relève davantage du grimoire que de la constitution. Sorcellerie, rituels obscurs à Kribi, massages présidentiels discrets, nominations spectrales signées depuis l’au-delà… bienvenue dans le Cameroun ésotérique.

Ce n’est pas un live Facebook, c’est une séance d’exorcisme civique. Entre deux incantations contre la Françafrique et un appel musclé à l’insoumission populaire, le fugitif médiatique désigne ses cibles : les palais, les villas, les maîtresses, les enfants exilés du régime. Il ne propose pas de programme politique, non, mais une stratégie digne d’un thriller dystopique : filmer, ficher, fliquer chaque ministre, chaque général, chaque larbin du système. Et pourquoi pas les satellites de Canal+ tant qu’on y est ?

Dans sa logorrhée incantatoire, Ngatchou ressuscite les figures martyrisées du nationalisme camerounais : Um Nyobè, Moumié, Wandié. Il dresse Kamto en messie moderne, dont l’éventuelle disqualification électorale serait, selon lui, la goutte de sang de trop. L’alternative ? Une rébellion généralisée, un désordre civil, un tsunami de colère pour balayer la mafia qui confond État et patrimoine familial.

Et puisque rien ne serait possible sans l’aval  ou la malédiction  de la France, la cible devient claire : toutes les entreprises tricolores sur le sol camerounais. Carrefour, Total, Orange, Bolloré? Suspectées de collusion. Canal+? Outil d’abrutissement. AXA? Complice assurantiel. Pour Michel Ngatchou, il ne faut plus consommer, il faut “cibler”. Froidement, méthodiquement. Pour rétablir l’”équilibre de la terreur”, ce concept désormais érigé en doctrine révolutionnaire.

À l’heure où les préfets tremblent, où la peur change de camp, où l’on voudrait le faire taire au nom d’une “insurrection imaginaire”, le fugitif se drape dans la toge d’un martyr numérique. Sa conclusion? Une supplique guerrière:

“Camerounais, es-tu prêt ? Prépare ton cœur… et ton smartphone.”