LA MAFIA DERRIÈRE LE CHANGEMENT DE LA COUPE D’AFRIQUE DES NATIONS: UN MANQUE DE RESPECT POUR LE FOOTBALL AFRICAIN?

By Franck Gutenberg
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Une fois de plus, le football africain se retrouve marginalisé sur la scène mondiale, la CAN étant désormais reprogrammée pour décembre 2025. Cette décision, prétendument justifiée par des préoccupations logistiques telles que les conditions météorologiques et les conflits d’emploi du temps, soulève des questions sérieuses sur la négligence continue du football africain par la gouvernance mondiale du football, en particulier par la FIFA. Pourquoi est-il si facile de reprogrammer le tournoi phare de l’Afrique, alors que les compétitions européennes et autres tournois continentaux sont traités avec beaucoup plus de soin et de protection? S’agit-il simplement d’une question de calendrier ou d’une partie d’un schéma plus insidieux de manque de respect et de marginalisation?

 

Est-ce normal? Un schéma de mépris

 

La CAN a déjà fait face à de nombreuses perturbations et changements au fil des ans. Traditionnellement organisée en début d’année pour éviter la saison des pluies en Afrique, le tournoi a été déplacé à plusieurs reprises ces dernières années. Chaque fois, l’explication semble raisonnable en surface, qu’il s’agisse d’éviter le chevauchement avec le calendrier des clubs européens ou de s’adapter à d’autres événements internationaux majeurs comme la Coupe du Monde de la FIFA. Cependant, ces changements répétés révèlent une tendance inquiétante : le football africain est souvent traité comme secondaire, une gêne pour l’élite mondiale du football.

Ce changement récent vers décembre 2025 est particulièrement dommageable. Décembre est le pic de la saison des clubs de football européens, ce qui signifie que les meilleurs joueurs africains, dont la plupart jouent en Europe, devront soit manquer des matches cruciaux, soit supporter la fatigue du voyage pour rentrer en Afrique pour des obligations nationales. L’UEFA permettrait-elle que le Championnat d’Europe se déroule en plein milieu de la saison des clubs ? Absolument pas. Les compétitions européennes, comme la Ligue des Champions ou les ligues nationales, sont férocement protégées contre toute perturbation, avec une planification minutieuse pour éviter les conflits avec les tournois internationaux.

 

Alors pourquoi est-il si facile de déplacer la compétition phare de l’Afrique ? Cette question mérite d’être posée, et la réponse pointe vers un manque flagrant de respect pour le football africain.

 

Le manque de respect envers le football africain

 

Il existe un schéma clair de manque de respect envers le football africain. Alors que la FIFA et d’autres instances dirigeantes prônent l’inclusivité et l’équité, leurs actions racontent souvent une autre histoire. Lorsque des tournois européens ou sud-américains sont programmés, le calendrier mondial du football s’ajuste pour les accommoder. Les droits de diffusion sont vivement disputés et le monde entier se connecte pour suivre ces compétitions. Mais lorsqu’il s’agit du football africain, cela semble souvent être une réflexion après coup. Les joueurs sont souvent sous pression par leurs clubs européens pour ne pas participer à la CAN, ces clubs qualifiant souvent le tournoi de “gêne”.

Les joueurs africains, parmi les plus talentueux et célébrés au monde, se retrouvent régulièrement coincés entre leur club et leur pays, confrontés à des décisions que leurs homologues européens ou sud-américains n’ont pas à prendre. Si les joueurs européens devaient choisir entre jouer pour leur pays ou leur club au milieu d’une saison critique, il y aurait un tollé. Mais pour les joueurs africains, cela devient la norme, reflet d’un mépris plus large pour le football africain.

 

Le rôle de la FIFA dans la perpétuation de l’injustice

 

Ce manque de respect ne se limite pas au calendrier. La FIFA a une longue histoire de mauvais traitement envers les nations africaines et leurs associations de football. Un exemple récent en est la suspension arbitraire de Samuel Eto’o, président de la Fédération Camerounaise de Football (FECAFOOT), pour avoir dénoncé l’injustice. Eto’o a été suspendu pendant six mois après avoir critiqué des décisions arbitrales injustes qui ont pénalisé le Cameroun lors de la Coupe du Monde U-20. Bien que le consensus général ait reconnu que ces décisions étaient injustes, la FIFA a rapidement agi pour faire taire l’une des voix les plus respectées d’Afrique.

Ce n’est pas un incident isolé. Au fil des ans, la FIFA a régulièrement montré un biais contre les équipes et les officiels africains. Que ce soit à travers des décisions arbitrales douteuses qui semblent toujours aller à l’encontre des équipes africaines ou les sanctions rapides infligées aux officiels du football africain qui s’expriment, il existe un schéma clair d’inégalité.

 

Pourquoi la FIFA traite-t-elle l’Afrique différemment?

 

Au fond, cette question reflète le biais systémique plus large auquel le football africain est confronté. L’establishment mondial du football, dirigé par la FIFA, place les intérêts du football européen et sud-américain au-dessus de ceux de l’Afrique. Les nations africaines ont longtemps été marginalisées, et la CAN, malgré son statut de grand événement footballistique avec un immense talent et une passion sans bornes, est traitée comme une simple réflexion après coup.

La crédibilité de la FIFA en tant qu’organe directeur impartial est profondément compromise lorsqu’elle permet à de telles inégalités flagrantes de persister. Alors que le football africain a énormément contribué au jeu mondial en produisant certains des meilleurs joueurs et entraîneurs du monde, il continue d’être traité comme une classe inférieure. Il est temps que la FIFA, l’UEFA et le monde du football en général prennent le football africain au sérieux.

 

Temps pour un changement: L’Afrique mérite mieux

 

Il est temps que le football africain se lève et exige un traitement égal. La CAF, l’instance dirigeante du football africain, doit être plus affirmée pour défendre ses tournois et ses joueurs sur la scène mondiale. Il n’y a aucune raison que la CAN soit traitée comme une gêne, et le football africain mérite le même respect que celui accordé au football européen.

La décision de déplacer la CAN en décembre 2025 dépasse le simple conflit de calendrier: elle reflète un manque de respect et une marginalisation plus large que subit le football africain. Le moment est venu pour la FIFA de reconnaître cette réalité et de donner au football africain le respect qu’il mérite. Les footballeurs, les fans et les nations africaines ont attendu assez longtemps. FIFA, il est temps de cesser de traiter l’Afrique comme une gêne. Le plus grand sport du monde est universel, et chaque continent mérite un respect égal.