Abuja – En actant leur retrait de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), le Niger, le Mali et le Burkina Faso viennent de porter un coup sans précédent à une institution déjà fragilisée par ses propres contradictions. Ce retrait collectif, mené par des régimes militaires en rupture avec l’ordre ancien, est loin d’être symbolique. Il rebat les cartes géopolitiques, sociales et économiques de toute la sous-région.
Une rupture géopolitique majeure
Ces trois pays ne sont pas des figurants dans la CEDEAO: ils forment ensemble un axe stratégique couvrant le Sahel, riche en ressources naturelles, mais aussi central dans la lutte contre le terrorisme. En quittant l’organisation, ils dénoncent son inefficacité, son alignement perçu sur des intérêts occidentaux notamment français et son incapacité à proposer une véritable solidarité entre États membres.
La CEDEAO a souvent donné l’image d’un club présidentiel plus prompt à défendre l’ordre établi qu’à répondre aux aspirations populaires. Le départ du trio sahélien est un désaveu clair de cette posture. Il signale aussi une volonté croissante de bâtir des alliances alternatives, telles que l’Alliance des États du Sahel (AES), qui mise sur la souveraineté, la coopération militaire et l’auto-détermination.
Une désintégration économique en perspective?
Sur le plan économique, la sortie de ces trois États pose des défis redoutables : rupture des accords de libre circulation, frein aux échanges commerciaux, perturbation des corridors logistiques, etc. Les populations déjà fragiles seront les premières victimes. Mais paradoxalement, cela pourrait aussi ouvrir la voie à une réinvention des circuits économiques plus endogènes et moins dépendants des institutions multilatérales dominées par les anciennes puissances coloniales.
La CEDEAO, amputée de ces trois États, perd une partie de son poids démographique, militaire et économique. Le Nigeria, géant régional, se retrouve isolé avec une CEDEAO réduite et moins représentative du Sahel profond.
Quelles perspectives?
La question qui se pose aujourd’hui n’est pas seulement: « que devient la CEDEAO? » mais aussi: « quelle alternative pour l’Afrique de l’Ouest? » L’AES, embryon d’un nouvel ordre sahélien, sera-t-elle à la hauteur? La rupture actuelle traduit une crise de légitimité de la CEDEAO autant qu’un réveil des peuples. Il est temps de repenser l’intégration régionale à partir des peuples et non des palais présidentiels.
Ce retrait ne signifie pas la fin du rêve panafricain, mais plutôt la fin d’un modèle inopérant. La CEDEAO peut survivre, mais elle ne sera plus jamais la même. À défaut d’évolution, elle risque la dissolution. La balle est dans son camp.