CONSTY EKA, DU VILLAGE AU SOMMET DU PETIT ÉCRAN AFRICAIN
Né sous le nom de Constantin Ekani Mebenga, Consty Eka s’est imposé au fil des décennies comme l’une des figures les plus influentes de l’audiovisuel africain francophone. Originaire du Cameroun, il débute sa carrière au sein de la télévision nationale camerounaise où son charisme naturel et sa maîtrise des formats narratifs télévisuels le distinguent rapidement de ses pairs.
Animateur, journaliste, puis producteur visionnaire, il devient progressivement une référence incontournable dans l’art de la présentation télévisée en Afrique centrale. Sa migration professionnelle vers la Côte d’Ivoire marque un tournant majeur dans sa carrière, lui permettant de s’inscrire durablement dans le paysage médiatique ouest-africain et de toucher un public continental.
Fondateur du groupe CEKAM, de la chaîne CEN TV et de la radio Voltage 2, Consty Eka se distingue également comme entrepreneur médiatique, déterminé à offrir aux talents africains des plateformes d’expression adaptées aux réalités culturelles locales.
Pionnier du talk-show africain moderne, il est notamment le créateur de l’émission culte Confidences, diffusée sur TV5 International, et initiateur dès 1992 des Africar Music Awards, une initiative avant-gardiste destinée à célébrer l’excellence musicale africaine à une époque où le continent manquait cruellement de distinctions institutionnelles.
En 2022, il reçoit le prestigieux prix de Légende de la communication audiovisuelle aux ASCOM Awards à Abidjan, consacrant ainsi plus de trente années d’engagement au service de l’image et de la parole publique africaine.
Consty Eka s’est éteint le 16 février 2026 à Abidjan des suites d’un malaise, laissant derrière lui un héritage qui dépasse les frontières nationales pour s’inscrire dans l’histoire médiatique du continent.
HOMMAGE: L’HOMME QUI A DONNÉ UN VISAGE À LA PAROLE AFRICAINE
Il y a des voix qui informent. Et il y a celles qui transforment.
Pendant plus de trois décennies, Consty Eka a incarné cette deuxième catégorie. Dans un continent où l’image fut trop souvent produite ailleurs et racontée par d’autres, il a compris bien avant les plateformes numériques, bien avant la démocratisation des studios indépendants que l’Afrique devait reprendre le contrôle de son récit.
Sur les plateaux de Douala, de Yaoundé puis d’Abidjan, il n’était pas seulement un animateur: il était le miroir dans lequel toute une génération de journalistes et de créateurs venait apprendre à se regarder. Dès la fin des années 80, ses émissions ont redéfini les codes de la télévision africaine, mêlant proximité sociale, exigence professionnelle et conscience culturelle.
Le surnom de « Roi de la Télé » n’était pas une flatterie médiatique.
C’était une reconnaissance populaire.
À travers ses programmes, ses médias et ses initiatives culturelles, Consty Eka a accompagné l’émergence de dizaines de figures majeures du journalisme, de la musique et du divertissement africains. Il a offert une scène aux invisibles, une parole aux marginaux et une vitrine aux talents trop longtemps confinés aux coulisses.
Les hommages venus du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, du Congo et d’ailleurs témoignent d’une influence qui dépassait largement les frontières nationales. Artistes, journalistes, universitaires et anonymes s’accordent à saluer un mentor, un frère, un bâtisseur. Pour beaucoup, il était cette voix familière qui accompagnait les soirées familiales; pour d’autres, ce modèle silencieux qui inspirait les vocations.
Dans un monde médiatique en mutation rapide, Consty Eka restera comme celui qui aura refusé de voir la télévision africaine réduite à un simple relais. Il en a fait un espace de création, de débat et de transmission.
Aujourd’hui, le trône est vide. Mais l’héritage, lui, demeure.