Le Ballon d’Or: une couronne en or, mais des interrogations qui ne brillent pas moins
Il fut un temps où le Ballon d’Or incarnait, dans l’imaginaire collectif, la consécration suprême du génie footballistique. Une récompense que les amoureux du ballon rond associaient au talent, à la régularité, aux performances exceptionnelles et à cette capacité presque surnaturelle de transformer un match ordinaire en spectacle historique.
Aujourd’hui, une question dérangeante revient avec insistance : le Ballon d’Or célèbre-t-il véritablement l’excellence sportive ou l’art de fabriquer une légende médiatique? Dans les discussions autour des favoris, voir des joueurs aussi talentueux que Kylian Mbappé et Lamine Yamal ne pas occuper systématiquement les deux premières places des pronostics suffit à réveiller les soupçons des supporters. Mais depuis quand le football se résume-t-il à une campagne de communication, à un palmarès collectif ou à la puissance médiatique d’un club? Attention: il ne s’agit pas de prétendre que Mbappé et Yamal possèdent automatiquement un droit de propriété sur le trophée. Leurs concurrents peuvent présenter des arguments sportifs parfaitement légitimes.
La véritable interrogation est ailleurs : les critères sont-ils appliqués avec la même rigueur à tous les candidats, ou leur interprétation varie-t-elle selon les circonstances ? Et c’est précisément ici que le fantôme d’une vieille controverse refait surface: celle de Samuel Eto’o et de Fabio Cannavaro, en 2006.
Samuel Eto’o en 2006: quand l’Afrique applaudissait un génie que le jury ne couronnait pas
En 2006, Samuel Eto’o était au sommet de son art. L’attaquant camerounais venait de contribuer au sacre du FC Barcelone en Ligue des champions, après avoir également remporté le championnat espagnol. Et pourtant, au moment de désigner le Ballon d’Or, le verdict fut tout autre: Fabio Cannavaro, défenseur italien et champion du monde, fut couronné. Eto’o termina sixième, avec 67 points contre 173 pour Cannavaro. Pour de nombreux admirateurs du football africain, cette décision demeure une blessure symbolique. Comment un attaquant aussi redoutable, aussi décisif et aussi spectaculaire pouvait-il terminer si loin du sommet ? Certes, Cannavaro avait remporté la Coupe du monde avec l’Italie. Certes, son leadership défensif avait été remarquable. Mais depuis quand le football individuel doit-il systématiquement s’incliner devant le prestige d’une compétition collective? L’ironie est presque délicieuse: lorsqu’un attaquant marque, on lui explique que le football est un sport collectif. Lorsqu’un défenseur remporte la Coupe du monde, son succès collectif devient soudain un argument individuel décisif. À croire que les critères du mérite possèdent parfois la souplesse d’un élastique. Il serait néanmoins historiquement abusif d’affirmer, sans preuve, que Cannavaro a volé son trophée. Le véritable scandale potentiel n’est pas une fraude démontrée: c’est l’impression persistante que des performances comparables peuvent être jugées avec des sensibilités différentes. Et cette interrogation dépasse largement Samuel Eto’o.
Mbappé et Lamine Yamal: deux génies, mais un Ballon d’Or qui ne se gagne pas uniquement sur le terrain
La puissance, la vitesse et l’efficacité devant le but. La créativité, l’audace et le talent d’une génération montante. Le football moderne possède deux figures dont le talent ne laisse personne indifférent : Kylian Mbappé et Lamine Yamal.
L’un incarne une puissance offensive extraordinaire. L’autre représente cette jeunesse insolente qui semble parfois avoir appris à dribbler avant même d’apprendre à marcher. Mais voilà que le Ballon d’Or 2026 a consacré un autre géant: Harry Kane, l’attaquant anglais du Bayern Munich, sacré le 26 octobre 2026 devant ses concurrents, dont Mbappé et Yamal. Et soyons sérieux : Kane n’est pas un figurant invité à une cérémonie de prestige pour remplir les sièges.
Ses performances, sa régularité, ses buts et ses succès collectifs constituent des arguments solides en faveur de sa victoire. La question n’est donc pas de nier ses mérites. Elle est de savoir pourquoi les supporters ont parfois le sentiment que la définition du meilleur joueur change d’une année à l’autre. Lorsqu’un joueur brille individuellement, on réclame des trophées. Lorsqu’il gagne des trophées, on exige des statistiques. Lorsqu’il possède les deux, on découvre soudain l’importance du leadership, du comportement ou de l’influence sur le jeu. Le Ballon d’Or serait-il devenu un examen dont le barème change selon le candidat? Voilà une question que ses organisateurs devraient prendre au sérieux.
Dans les coulisses: qui décide réellement du meilleur joueur du monde?
Contrairement à certaines idées reçues, le Ballon d’Or n’est pas attribué directement par la FIFA ni par un vote populaire mondial. Selon le règlement officiel de 2026, le trophée est organisé par France Football, avec une cérémonie coorganisée avec l’UEFA. Le lauréat masculin est désigné par un jury international de 100 journalistes spécialisés, représentant les pays les mieux classés au classement FIFA. Les critères officiels sont hiérarchisés: performances individuelles, résultats collectifs, puis classe et fair-play. Sur le papier, le mécanisme paraît sérieux. Mais une difficulté fondamentale subsiste : comment mesurer objectivement des notions aussi subjectives que le caractère impressionnant d’un joueur ? Un journaliste privilégiera les buts. Un autre : la créativité. Un troisième, la Ligue des champions. Un quatrième la Coupe du monde. Tous peuvent respecter le règlement tout en aboutissant à des conclusions opposées. Et c’est là que les campagnes médiatiques, les réputations et les grands récits sportifs peuvent peser sur les perceptions, même sans intervention illégitime dans le scrutin. Il ne faut pas nécessairement imaginer une réunion secrète dans un palace parisien pour comprendre qu’une récompense reposant sur des appréciations humaines peut produire des controverses. Parfois, le système n’a pas besoin d’être truqué pour être contestable.
L’Afrique face au Ballon d’Or: combien de génies faudra-t-il encore pour obtenir une reconnaissance équitable?
L’histoire du Ballon d’Or porte également une question de représentation. Pendant des décennies, ses règles ont limité l’accès au trophée. Jusqu’en 1995, seuls les joueurs européens pouvaient être récompensés. L’ouverture aux joueurs de toutes nationalités évoluant en Europe est ensuite intervenue, avant une extension mondiale en 2007.
Cette histoire compte.
Elle rappelle que le prestige du Ballon d’Or s’est construit dans un système qui n’a pas toujours reconnu le football mondial dans toute sa diversité. George Weah, Samuel Eto’o, Didier Drogba, Mohamed Salah, Sadio Mané: autant de noms qui rappellent l’immense contribution africaine à l’histoire du football. Il serait cependant injuste de considérer chaque défaite d’un candidat africain comme la preuve de discrimination. Mais il serait tout aussi naïf de prétendre que les héritages historiques, les représentations médiatiques et les différences de visibilité n’ont aucune importance dans la construction de la réputation des sportifs. Le talent africain n’a pas besoin de charité. Il exige des critères cohérents et une reconnaissance à la hauteur de ses performances.
Le Ballon d’Or est-il devenu une industrie du prestige?
Le football contemporain est devenu une industrie mondiale où les contrats de sponsoring, les droits de diffusion, les marques sportives et les audiences numériques occupent une place prépondérante. Dans cet univers, les grands joueurs ne sont plus seulement des sportifs. Ce sont des marques internationales. Une victoire au Ballon d’Or renforce naturellement le prestige d’un joueur et peut accroître sa valeur commerciale. Cela ne démontre pas que les sponsors choisissent le vainqueur. Aucune preuve présentée ici ne permet de soutenir une telle accusation. Mais une interrogation légitime demeure: comment protéger l’indépendance d’une distinction sportive au sein d’un environnement où les intérêts économiques sont omniprésents ? La meilleure réponse serait une transparence maximale : publication détaillée des votes, explication des critères et responsabilité éditoriale des organisateurs. Le Ballon d’Or doit rester une récompense sportive, et non devenir, dans l’esprit du public, un concours de popularité habillé d’un smoking.
De Samuel Eto’o à Mbappé et Yamal: le véritable problème est celui de la confiance
Le sacre de Fabio Cannavaro en 2006 et celui de Harry Kane en 2026 correspondent à deux contextes sportifs très différents. Les assimiler automatiquement serait une erreur. Mais ils permettent de poser la même question: que signifie réellement être le meilleur footballeur du monde? Le joueur le plus spectaculaire? Le plus décisif? Celui qui remporte le plus de titres? Celui qui domine les statistiques? Ou celui dont la saison raconte la plus belle histoire? Tant que cette distinction restera soumise à une interprétation humaine, elle continuera de susciter des désaccords. Le problème n’est pas le désaccord lui-même. Il est même sain dans le sport. Le problème commence lorsque les supporters ne comprennent plus la logique des décisions. Et quand la confiance s’effrite, même un vainqueur parfaitement méritant peut devenir la cible d’une controverse qui dépasse sa personne.
L’or peut acheter le prestige, jamais le respect universel
Le Ballon d’Or demeure une récompense prestigieuse. Mais le prestige n’exonère personne de la critique. Harry Kane mérite que ses performances soient respectées. Mbappé et Lamine Yamal méritent que leurs qualités soient évaluées sans préjugés. Samuel Eto’o mérite que son héritage soit reconnu sans réécrire l’histoire. Quant aux organisateurs, ils doivent comprendre une vérité élémentaire: le football appartient d’abord à ceux qui le jouent et à ceux qui le vivent avec passion. Le Ballon d’Or ne perdra pas sa crédibilité parce que les supporters contestent un résultat. Il risque de la perdre le jour où ces supporters cesseront de croire que les règles s’appliquent à tous. Et si le trophée est en or, la confiance du public, elle, n’a pas de prix.
USAFRICA NEWS — Parce que le football mondial mérite davantage que des couronnes, des tapis rouges et des applaudissements convenus. Il mérite aussi des questions qui dérangent.
There was a time when the Ballon d’Or represented, in the public imagination, the ultimate recognition of footballing genius. Fans associated it with talent, consistency, extraordinary performances, and that almost supernatural ability to turn an ordinary match into a historic spectacle.
Today, an uncomfortable question keeps resurfacing: does the Ballon d’Or truly celebrate sporting excellence, or the art of manufacturing a media legend? In discussions about the favorites, the fact that players as gifted as Kylian Mbappé and Lamine Yamal do not consistently occupy the top two positions in predictions is enough to rekindle supporters’ suspicions. But since when has football been reduced to a publicity campaign, a collection of team trophies, or the media power of a club? To be clear, this is not to suggest that Mbappé and Yamal are automatically entitled to the award. Their rivals may have entirely legitimate sporting arguments in their favor.
The real question lies elsewhere: are the criteria applied with equal rigor to every candidate, or does their interpretation shift with circumstances? This is precisely where the ghost of an old controversy reappears: Samuel Eto’o and Fabio Cannavaro in 2006.
In 2006, Samuel Eto’o was at the height of his powers. The Cameroonian striker had helped FC Barcelona win the Champions League, having also secured the Spanish league title. Yet when the Ballon d’Or was awarded, the verdict was different: Fabio Cannavaro, the Italian defender and World Cup champion, took the crown. Eto’o finished sixth, with 67 points to Cannavaro’s 173. For many admirers of African football, that decision remains a symbolic wound. How could such a formidable, decisive, spectacular striker finish so far from the top? Certainly, Cannavaro had won the World Cup with Italy. Certainly, his defensive leadership had been remarkable. But since when must individual footballing excellence automatically bow to the prestige of a team competition? The irony is almost exquisite: when a striker scores goals, he is reminded that football is a team sport. When a defender wins the World Cup, that collective success suddenly becomes a decisive individual argument. One might think the standards of merit sometimes stretch like elastic. Nevertheless, it would be historically irresponsible to claim, without evidence, that Cannavaro stole the award. The potential scandal is not proven fraud; it is the enduring impression that comparable performances can be judged through different lenses. And that question extends far beyond Samuel Eto’o.
Power, pace, and clinical finishing. Creativity, audacity, and the talent of a rising generation. Modern football has two figures whose abilities leave nobody indifferent: Kylian Mbappé and Lamine Yamal.
One embodies extraordinary attacking power. The other represents a fearless youth who sometimes seems to have learned to dribble before learning to walk. Yet the 2026 Ballon d’Or crowned another giant: Harry Kane, Bayern Munich’s English striker, who, according to the original article, was honored on October 26, 2026, ahead of rivals including Mbappé and Yamal. And let us be serious: Kane is no ceremonial guest invited merely to fill a seat.
His performances, consistency, goals, and team successes provide strong arguments in support of his victory. The issue, then, is not to deny his merits. It is to ask why supporters sometimes feel that the definition of the best player changes from year to year. When a player excels individually, trophies are demanded. When he wins trophies, statistics are demanded. When he has both, the importance of leadership, conduct, or influence on the game suddenly comes to the fore. Has the Ballon d’Or become an examination whose grading system changes depending on the candidate? Its organizers should take that question seriously.
Contrary to a common misconception, the Ballon d’Or is not awarded directly by FIFA, nor is it decided by a worldwide popular vote. According to the 2026 rules cited in the original article, the trophy is organized by France Football, with the ceremony co-organized with UEFA. The men’s winner is chosen by an international jury of 100 specialist journalists representing the highest-ranked countries in the FIFA rankings. The official criteria are ranked in order: individual performances, team achievements, and then class and fair play. On paper, the process looks serious. But a fundamental difficulty remains: how can such subjective notions as a player’s ability to impress be measured objectively? One journalist will prioritize goals; another, creativity; a third, the Champions League; a fourth, the World Cup. All may follow the rules and still reach opposite conclusions. This is where media campaigns, reputations, and grand sporting narratives can shape perceptions, even without improper interference in the vote. There is no need to imagine a secret meeting in a luxurious Paris hotel to understand how an award based on human judgment can provoke controversy. Sometimes a system need not be rigged to be open to criticism.
The history of the Ballon d’Or also raises a question of representation. For decades, its rules restricted eligibility. Until 1995, only European players could win. Eligibility was then extended to players of all nationalities competing in Europe, before expanding worldwide in 2007.
That history matters.
It reminds us that the Ballon d’Or built its prestige within a system that did not always recognize world football in all its diversity. George Weah, Samuel Eto’o, Didier Drogba, Mohamed Salah, Sadio Mané: these names testify to Africa’s immense contribution to football history. It would, however, be unfair to treat every defeat of an African candidate as proof of discrimination. Yet it would be equally naive to pretend that historical legacies, media portrayals, and differences in visibility have no bearing on how athletes’ reputations are formed. African talent does not need charity. It demands consistent standards and recognition commensurate with its achievements.
Has the Ballon d’Or Become an Industry of Prestige?
From Samuel Eto’o to Mbappé and Yamal: The Real Issue Is Trust
Gold Can Buy Prestige, but Never Universal Respect
USAFRICA NEWS — Because world football deserves more than crowns, red carpets, and polite applause. It also deserves uncomfortable questions.
N’Djamena, Tchad — En Afrique, les grandes opérations bancaires ont décidément quelque chose de fascinant: les capitaux changent de mains, les actionnaires se félicitent, les groupes financiers élargissent leurs territoires et les communiqués célèbrent les perspectives de croissance. Pendant ce temps, des milliers de familles continuent de se demander comment financer un logement décent. C’est dans ce contexte qu’Atlantic Financial Group (AFG), groupe financier ivoirien associé à l’homme d’affaires Koné Dossongui, envisage de prendre le contrôle de la Banque de l’Habitat du Tchad (BHT). Déjà implanté au Cameroun et au Gabon, AFG poursuit ainsi son expansion en Afrique centrale. Les actionnaires de la BHT ont approuvé, le 14 octobre 2026, une restructuration prévoyant l’entrée du groupe comme actionnaire majoritaire. La réalisation de l’opération demeure toutefois soumise aux autorisations réglementaires applicables.
Sur le papier, cette initiative pourrait illustrer la montée en puissance des capitaux africains dans un secteur bancaire longtemps marqué par l’influence de groupes internationaux. Mais derrière les ambitions affichées se pose une interrogation autrement plus importante : à quoi sert une banque de l’habitat si les populations auxquelles elle devrait profiter peinent toujours à accéder à la propriété?
L’expansion du capital africain: une victoire économique ou un simple changement de propriétaires?
Il faut reconnaître une réalité : voir des investisseurs africains développer leurs activités au-delà de leurs frontières constitue une évolution significative de l’économie continentale. Pendant des décennies, l’Afrique a souvent été présentée comme une terre d’opportunités pour les capitaux étrangers. Aujourd’hui, des entrepreneurs africains participent eux-mêmes à la recomposition du paysage financier.
Cette dynamique peut favoriser l’intégration économique, la mobilisation de l’épargne et le financement des entreprises locales. Mais faut-il applaudir chaque acquisition simplement parce que l’acquéreur est africain ? Certainement pas.
Une banque contrôlée par des investisseurs africains ne devient pas automatiquement une institution au service des populations africaines. Le véritable enjeu ne réside ni dans la nationalité de l’actionnaire ni dans la taille de son portefeuille bancaire, mais dans la capacité de l’établissement à financer l’économie réelle. Car, aussi impressionnant soit-il, un empire financier ne nourrit personne par sa seule existence. Il ne construit pas automatiquement des logements, ne crée pas spontanément des emplois et ne garantit pas l’accès au crédit aux entrepreneurs. Encore faut-il que ses ambitions commerciales se traduisent par des investissements concrets.
Banque de l’Habitat: un nom qui devrait être une promesse, pas une décoration commerciale
La Banque de l’Habitat du Tchad porte un nom lourd de responsabilités. L’habitat n’est pas un luxe réservé à une minorité privilégiée. Il constitue un besoin fondamental, un facteur de stabilité familiale et un élément essentiel du développement économique. Pourtant, dans de nombreux pays africains, devenir propriétaire demeure un parcours semé d’obstacles. Entre les revenus insuffisants, les difficultés d’accès aux prêts immobiliers, les exigences de garanties, les coûts de construction et la complexité des procédures foncières, le rêve d’une maison se transforme parfois en projet inaccessible. Dans ces conditions, l’arrivée éventuelle d’un nouvel actionnaire majoritaire devrait susciter un débat public sur l’avenir de la mission de financement de l’habitat.
AFG envisage-t-il de développer des crédits immobiliers accessibles aux ménages modestes et intermédiaires? La banque pourra-t-elle proposer des mécanismes de financement adaptés aux travailleurs indépendants et aux personnes disposant de revenus irréguliers? Des partenariats avec les promoteurs immobiliers, les collectivités et les pouvoirs publics seront-ils envisagés? Où l’établissement privilégiera-t-il des activités bancaires présentant une rentabilité plus immédiate? Ces interrogations ne préjugent pas des intentions du groupe acquéreur. Elles soulignent simplement la nécessité de connaître sa stratégie.
Car une banque qui porte le nom d’ “Habitat” devrait être jugée, entre autres, sur sa capacité à contribuer effectivement au financement du logement. Le reste pourrait n’être qu’une magnifique enseigne au-dessus d’une porte fermée aux citoyens ordinaires.
Afrique centrale: les groupes bancaires étendent leurs réseaux, mais l’inclusion financière reste un défi
L’intérêt d’Atlantic Financial Group pour le Tchad s’inscrit dans une recomposition plus large du secteur bancaire africain. Le Cameroun, le Gabon et le Tchad appartiennent à la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), un espace partageant une monnaie commune et un cadre régional de supervision bancaire. Pour un groupe déjà implanté dans plusieurs pays de la sous-région, une nouvelle acquisition peut présenter des avantages commerciaux et opérationnels. Mais attention à cette vieille confusion entre expansion bancaire et progrès social. Multiplier les établissements, consolider les participations et annoncer de nouvelles implantations ne suffisent pas à démontrer une amélioration de l’accès aux services financiers. Une banque peut afficher des résultats financiers satisfaisants tout en maintenant des conditions de crédit difficiles pour une partie de la population.
Une institution peut également développer son portefeuille d’entreprises sans nécessairement répondre aux besoins des petits entrepreneurs, des agriculteurs ou des ménages à revenus modestes. L’inclusion financière ne se mesure donc pas seulement au nombre d’agences ou à la valeur des actifs. Elle se mesure aussi à la possibilité réelle, pour les citoyens, d’accéder à des services adaptés, abordables et fiables. Et c’est précisément sur ce terrain que les promesses d’expansion doivent rencontrer les réalités économiques.
Qui surveille l’opération et qui protège les intérêts des Tchadiens?
Le projet de prise de contrôle de la Banque de l’Habitat soulève également des questions de gouvernance et de régulation. Dans la zone CEMAC, la Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC) exerce des responsabilités essentielles en matière de supervision des établissements bancaires. Les autorités compétentes devront examiner l’opération conformément aux exigences réglementaires applicables. La solidité financière du futur actionnariat, la gouvernance, la protection des déposants et la continuité des activités bancaires constituent autant d’enjeux importants. Mais au-delà des exigences prudentielles, une question mérite d’être posée: quelle sera la place de l’intérêt général dans la nouvelle orientation stratégique de la banque?
Les autorités tchadiennes et les futurs dirigeants devront pouvoir expliquer comment cette transformation contribuera au financement de l’économie nationale. Il serait particulièrement utile de connaître les engagements éventuels concernant le crédit immobilier, les petites et moyennes entreprises et les populations actuellement mal desservies par le système bancaire. Une opération bancaire ne doit pas être condamnée avant d’avoir produit ses résultats. Mais elle ne doit pas non plus être célébrée avant que ses bénéfices annoncés aient été démontrés.
L’Afrique a-t-elle besoin de nouveaux géants bancaires ou de banques véritablement utiles?
La question dépasse largement le cas tchadien. Sur l’ensemble du continent, le développement des groupes financiers africains peut offrir de nouvelles possibilités de financement et réduire certaines dépendances économiques. Cependant, la concentration des activités bancaires entre les mains de grands groupes appelle également une vigilance concernant la concurrence, la gouvernance et l’accessibilité des services. Le défi consiste à concilier la rentabilité indispensable aux établissements financiers avec les besoins d’investissement à long terme des économies africaines. Car le continent ne manque pas uniquement de capitaux. Il a également besoin de mécanismes efficaces pour orienter ces capitaux vers les secteurs productifs, les infrastructures, le logement, l’agriculture et l’entrepreneuriat.
Il ne suffit donc pas de célébrer la réussite d’un homme d’affaires ou l’expansion internationale d’un groupe bancaire. Il faut aussi s’interroger sur les retombées économiques de cette réussite. À quoi servirait une Afrique remplie de milliardaires et de puissants groupes financiers si une grande partie de sa population demeurait exclue des possibilités de financement? La réussite privée et le développement collectif ne sont pas incompatibles. Encore faut-il construire les mécanismes permettant à l’une de contribuer à l’autre.
USAFRICA NEWS: au-delà des annonces, l’exigence de résultats
L’éventuelle prise de contrôle de la Banque de l’Habitat du Tchad par Atlantic Financial Group pourrait constituer une étape importante dans l’expansion du groupe ivoirien. Mais plusieurs éléments méritent encore des éclaircissements publics, notamment la valorisation de la transaction, la structure définitive de l’actionnariat, les engagements financiers du nouvel investisseur et les orientations stratégiques de l’établissement. Pour USAFRICA NEWS, le débat ne consiste pas à opposer les investisseurs africains aux investisseurs étrangers. Il consiste à rappeler que le développement économique ne peut se résumer à la multiplication des acquisitions et à l’augmentation de la taille des groupes financiers. Une banque doit naturellement rechercher la rentabilité, maîtriser ses risques et protéger les fonds qui lui sont confiés. Mais lorsqu’elle intervient dans un secteur aussi essentiel que le logement, son impact mérite également d’être examiné à travers des indicateurs concrets. Combien de ménages supplémentaires auront accès au crédit immobilier? Combien de projets de construction pourront être financés?
Quels mécanismes permettront aux revenus modestes et intermédiaires de bénéficier des services proposés? Et quelle contribution réelle cette nouvelle organisation apportera-t-elle au développement économique du Tchad? Ce sont ces réponses, davantage que les annonces de conquête financière, qui permettront d’apprécier la portée de l’opération.
LES BANQUES CHANGENT DE MAINS, MAIS QUAND LES AFRICAINS RECEVRONT-ILS LES CLÉS?
L’ambition d’Atlantic Financial Group mérite d’être examinée avec sérieux. L’émergence de groupes bancaires africains capables d’investir au-delà de leurs frontières peut représenter une évolution importante pour l’intégration économique du continent. Mais une acquisition, aussi prestigieuse soit-elle, ne constitue pas à elle seule une politique de développement. Le véritable succès ne se mesurera pas uniquement à la taille du réseau bancaire de Koné Dossongui ni à la valeur des actifs placés sous le contrôle de son groupe. Il se mesurera aussi à la capacité de la Banque de l’Habitat du Tchad à remplir une mission économique utile, dans des conditions financières responsables et accessibles. Car, pendant que les grandes fortunes discutent de participations, de restructurations et de stratégies de croissance, des familles continuent de chercher les moyens de financer un logement.
Une banque peut changer de propriétaire en quelques signatures. Mais permettre à des milliers de familles d’accéder à un toit exige bien davantage qu’une transaction financière.
Et si l’Afrique veut réellement écrire une nouvelle page de son indépendance économique, elle devra apprendre à distinguer deux choses: la prospérité de ses investisseurs et le progrès de ses populations. L’idéal serait évidemment que les deux avancent ensemble.
USAFRICA NEWS continuera de poser cette question: à qui profite réellement la croissance financière africaine?
N’Djamena, Chad — In Africa, major banking deals have a peculiar fascination: capital changes hands, shareholders congratulate themselves, financial groups expand their reach, and press releases celebrate the promise of growth. Meanwhile, thousands of families are still wondering how they can afford decent housing. It is against this backdrop that Atlantic Financial Group (AFG), an Ivorian financial group associated with businessman Koné Dossongui, is seeking to take control of the Housing Bank of Chad (Banque de l’Habitat du Tchad, BHT). Already established in Cameroon and Gabon, AFG is thus continuing its expansion into Central Africa. On October 14, 2026, BHT shareholders approved a restructuring plan under which the group would become the majority shareholder. Completion of the transaction remains subject to the applicable regulatory approvals.
On paper, this initiative could illustrate the growing influence of African capital in a banking industry long shaped by international financial groups. But behind the stated ambitions lies a far more important question: What good is a housing bank if the very people it is supposed to serve still struggle to become homeowners?
One reality deserves recognition: African investors expanding their businesses beyond national borders represents a significant development for the continent’s economy. For decades, Africa was often portrayed as a land of opportunity for foreign capital. Today, African entrepreneurs themselves are helping reshape the financial landscape.
This trend can promote economic integration, mobilize savings, and support financing for local businesses. But should every acquisition be applauded simply because the buyer is African? Certainly not.
A bank controlled by African investors does not automatically become an institution that serves African people. The real issue is neither the nationality of its shareholders nor the size of its banking portfolio, but the institution’s ability to finance the real economy. After all, however impressive it may be, a financial empire does not feed anyone merely by existing. It does not automatically build homes, spontaneously create jobs, or guarantee entrepreneurs access to credit. Its commercial ambitions must translate into tangible investment.
The Housing Bank of Chad carries a name laden with responsibility. Housing is not a luxury reserved for a privileged few. It is a fundamental need, a source of family stability, and an essential pillar of economic development. Yet in many African countries, homeownership remains an obstacle course. Between inadequate incomes, limited access to mortgages, collateral requirements, construction costs, and complex land procedures, the dream of owning a home can become unattainable. Under these circumstances, the possible arrival of a new majority shareholder should prompt a public debate about the future of the bank’s housing-finance mission.
Does AFG intend to develop affordable mortgages for low- and middle-income households? Will the bank offer financing mechanisms suited to self-employed workers and people with irregular incomes? Will partnerships with property developers, local authorities, and public institutions be considered? Or will the institution prioritize banking activities that promise more immediate returns? These questions do not presume the acquiring group’s intentions. They simply underscore the need for clarity about its strategy.
A bank with “Housing” in its name should be judged, among other things, on its actual contribution to financing homes. Anything less risks becoming a splendid sign hanging above a door closed to ordinary citizens.
Atlantic Financial Group’s interest in Chad is part of a broader reshaping of Africa’s banking sector. Cameroon, Gabon, and Chad belong to the Central African Economic and Monetary Community (CEMAC), an area with a shared currency and a regional banking-supervision framework. For a group already operating in several countries in the subregion, another acquisition could offer commercial and operational advantages. But beware of that old confusion between banking expansion and social progress. Opening more institutions, consolidating shareholdings, and announcing new market entries do not, by themselves, demonstrate better access to financial services. A bank can post healthy financial results while maintaining lending conditions that remain out of reach for part of the population.
An institution can also grow its corporate loan portfolio without necessarily meeting the needs of small business owners, farmers, or low-income households. Financial inclusion cannot therefore be measured solely by branch numbers or asset values. It must also be measured by whether people can genuinely access appropriate, affordable, and reliable services. This is precisely where promises of expansion must confront economic reality.
The proposed takeover of the Housing Bank also raises questions about governance and regulation. Within CEMAC, the Central African Banking Commission (COBAC) has essential responsibilities for banking supervision. The competent authorities will need to review the transaction under the applicable regulatory requirements. The financial strength of the prospective ownership structure, governance, depositor protection, and continuity of banking operations are all important considerations. But beyond prudential requirements, another question deserves attention: What place will the public interest occupy in the bank’s new strategic direction?
Chadian authorities and the bank’s future leadership should be able to explain how this transformation will help finance the national economy. It would be particularly useful to know what commitments, if any, will be made regarding mortgage lending, small and medium-sized enterprises, and populations currently underserved by the banking system. A banking transaction should not be condemned before its results are known. But neither should it be celebrated before its promised benefits have been demonstrated.
The question extends far beyond Chad. Across the continent, the growth of African financial groups can create new financing opportunities and reduce certain forms of economic dependence. Yet the concentration of banking activities in the hands of large groups also calls for vigilance regarding competition, governance, and accessibility. The challenge is to reconcile the profitability banks need with African economies’ long-term investment requirements. The continent does not simply lack capital. It also needs effective mechanisms to channel that capital into productive sectors, infrastructure, housing, agriculture, and entrepreneurship.
Celebrating a businessman’s success or a banking group’s international expansion is therefore not enough. We must also ask what economic benefits that success produces. What would be the point of an Africa filled with billionaires and powerful financial groups if a large share of its population remained excluded from financing opportunities? Private success and collective development are not mutually exclusive. But mechanisms must be put in place so that one can contribute to the other.
Atlantic Financial Group’s potential takeover of the Housing Bank of Chad could mark an important milestone in the Ivorian group’s expansion. But several matters still deserve public clarification, including the transaction’s valuation, the final ownership structure, the new investor’s financial commitments, and the bank’s strategic direction. For USAFRICA NEWS, the debate is not about pitting African investors against foreign investors. It is about recognizing that economic development cannot be reduced to a growing number of acquisitions or ever-larger financial groups. A bank must, of course, pursue profitability, manage risk, and protect the funds entrusted to it. But when it operates in a sector as essential as housing, its impact should also be assessed against concrete indicators. How many additional households will gain access to mortgage financing? How many construction projects will receive funding?
What mechanisms will enable low- and middle-income households to benefit from the services offered? And what tangible contribution will the new ownership structure make to Chad’s economic development? These answers, not declarations of financial conquest, will determine how the transaction should ultimately be assessed.
Atlantic Financial Group’s ambitions deserve serious consideration. The emergence of African banking groups capable of investing across borders could represent an important advance in the continent’s economic integration. But an acquisition, however prestigious, is not in itself a development policy. Real success will not be measured solely by the size of Koné Dossongui’s banking network or the value of assets under his group’s control. It will also be measured by the Housing Bank of Chad’s ability to fulfill a useful economic mission on responsible and accessible financial terms. While wealthy investors discuss equity stakes, restructuring, and growth strategies, families keep searching for ways to finance a home.
A bank can change owners with a few signatures. But helping thousands of families secure a roof over their heads requires far more than a financial transaction.
If Africa truly wants to write a new chapter in its economic independence, it must learn to distinguish between two things: its investors’ prosperity and its people’s progress. Ideally, of course, the two should advance together.
USAFRICA NEWS will continue asking the question: Who truly benefits from Africa’s financial growth?
DOUALA, CAMEROUN — Vingt-six milliards deux cents millions de francs CFA! Voilà une somme qui mérite bien quelques applaudissements dans les salons feutrés de la finance africaine. Les banquiers peuvent afficher leurs ambitions, les institutions financières célébrer leurs partenariats et les communiqués officiels annoncer de nouvelles perspectives de croissance. Mais dans les marchés de Douala, les ateliers de Bafoussam, les petites entreprises de Yaoundé et les exploitations agricoles des régions camerounaises, une question autrement plus terre à terre continue de se poser: quand les milliards annoncés dans les conférences financières finiront-ils par atteindre ceux qui produisent réellement les richesses ?
Le 21 octobre 2026, le conseil d’administration de la Banque africaine de développement (BAD) a approuvé une facilité de 40 millions d’euros, soit environ 26,2 milliards de FCFA, destinée à AFG Bank Cameroun. L’objectif officiel est de renforcer le financement du commerce extérieur, d’accompagner les petites et moyennes entreprises (PME), de soutenir la production locale et de favoriser la création d’emplois.
Une ambition louable, incontestablement.
Mais chez USAFRICA NEWS, nous refusons de confondre les milliards annoncés avec les résultats effectivement obtenus. Car entre l’argent mis à la disposition d’une banque et celui qui permet à un entrepreneur de développer son activité, il existe parfois un parcours bien plus compliqué que ne le laissent entendre les communiqués institutionnels.
26,2 milliards de FCFA: une manne financière qui mérite quelques explications
Contrairement à ce que pourrait laisser croire une lecture rapide de l’annonce, les 26,2 milliards de FCFA ne constituent pas un chèque distribué gratuitement aux entrepreneurs camerounais. La facilité approuvée par la BAD repose sur deux mécanismes distincts. Le premier est une ligne de crédit pouvant atteindre 30 millions d’euros, soit environ 19,7 milliards de FCFA, destinée au financement du commerce. Elle s’étend sur trois ans et demi, avec une période de différé de trois ans. Le second est une garantie de transaction de 10 millions d’euros, soit environ 6,6 milliards de FCFA, valable cinq ans.
Cette garantie doit notamment faciliter la confirmation des lettres de crédit utilisées dans les opérations commerciales internationales. Autrement dit, une partie de l’enveloppe apporte des ressources de financement, tandis que l’autre sert à sécuriser certaines transactions. Il ne s’agit donc pas de 26,2 milliards de FCFA directement versés aux PME.
Cette distinction est fondamentale. Car dans le langage financier, les milliards circulent parfois plus facilement dans les annonces que dans les comptes des petits entrepreneurs. Et lorsqu’on parle de développement économique, les mots ont leur importance.
Des crédits bancaires en hausse de 32,1 %: mais qui bénéficie réellement de cette croissance ?
AFG Bank Cameroun présente une dynamique de croissance notable. Selon les données financières rapportées pour l’exercice 2025, l’établissement affichait environ 1 196,4 milliards de FCFA de dépôts et 812 milliards de FCFA de crédits à la clientèle. Ces deux indicateurs auraient progressé respectivement de 28,6 % et de 32,1 % sur un an. De quoi alimenter les présentations institutionnelles et illustrer l’expansion de l’établissement. Mais une banque qui augmente ses crédits de plus de 30 % ne démontre pas, par ce seul chiffre, que les petites entreprises bénéficient équitablement de cette croissance.
Combien de ces crédits ont été accordés aux PME? Quelle proportion a réellement financé les activités agricoles, les entreprises de transformation ou les jeunes entrepreneurs? Combien de demandes de financement ont été rejetées ? Et surtout, à quelles conditions les crédits ont-ils été octroyés? Voilà des informations qui permettraient de mesurer plus précisément les retombées économiques de cette croissance bancaire. Car une banque peut afficher des milliards de crédits supplémentaires sans que le petit entrepreneur du quartier ait davantage de chances d’obtenir un prêt.
Le paradoxe camerounais: des banques qui prêtent, mais des PME toujours sous-financées
Le problème du financement des petites entreprises au Cameroun n’est ni imaginaire ni nouveau. Dans une analyse publiée en mars 2026, le Fonds monétaire international (FMI) relevait une forte concentration du crédit bancaire au profit des grandes entreprises. Selon les données examinées par l’institution, les grandes entreprises avaient reçu environ 70 % des prêts bancaires aux entreprises entre le troisième trimestre 2021 et le deuxième trimestre 2025, contre 18 % pour les PME.
Le FMI soulignait également la prédominance des financements à court terme et le coût relativement élevé du crédit. Ces chiffres révèlent un déséquilibre structurel. D’un côté, des établissements bancaires disposant de ressources financières importantes. De l’autre, de nombreuses petites entreprises confrontées aux exigences de garanties, aux coûts du crédit et aux difficultés de financement de leurs investissements. Le résultat ?
Des entrepreneurs qui possèdent des projets, parfois des commandes et des débouchés commerciaux, mais qui ne disposent pas toujours des ressources nécessaires pour développer leurs activités. Et pendant que les institutions discutent de transformation économique, certains porteurs de projets continuent de découvrir qu’avoir une bonne idée ne suffit pas à convaincre une banque. Le financement exige naturellement une gestion rigoureuse des risques. Mais lorsque les mécanismes bancaires excluent durablement une partie du tissu productif, c’est toute l’économie qui peut en subir les conséquences.
Les femmes et les jeunes entrepreneurs: encore des promesses ou une véritable priorité?
L’une des dimensions importantes de cette opération concerne les engagements annoncés en faveur des PME, des femmes et des jeunes. Selon la BAD, la moitié de la ligne de crédit de 30 millions d’euros doit être consacrée aux PME. Cela représente jusqu’à 15 millions d’euros, soit environ 9,8 milliards de FCFA. Sur cette enveloppe destinée aux PME, 30 % doivent soutenir les entreprises dirigées par des femmes et/ou des jeunes. Un engagement qui mérite d’être salué, mais surtout suivi. Car annoncer des objectifs de financement inclusif constitue une première étape. Démontrer que les ressources ont effectivement atteint les bénéficiaires visés en constitue une autre.
Il faudra donc pouvoir répondre à plusieurs questions. Combien de femmes entrepreneures auront obtenu un financement? Combien de jeunes chefs d’entreprise pourront développer leurs activités? Quels secteurs économiques seront privilégiés? Les petites structures bénéficieront-elles de conditions adaptées à leurs capacités financières? Et comment les résultats seront-ils évalués? L’entrepreneuriat féminin et celui des jeunes ne doivent pas devenir de simples arguments de communication. Les femmes et les jeunes entrepreneurs n’ont pas seulement besoin d’être mentionnés dans les communiqués. Ils ont besoin de financements accessibles, de conditions transparentes et de possibilités réelles de croissance.
Financer le commerce extérieur: importer davantage ou produire enfin au CCameroun?
La facilité accordée à AFG Bank Cameroun doit notamment soutenir les entreprises actives dans l’agro-industrie, l’industrie manufacturière, l’agrobusiness et les opérations d’import-export. Elle pourra faciliter l’acquisition de machines, d’équipements et d’intrants nécessaires à la production. Cette orientation présente un intérêt économique évident.
Une entreprise camerounaise qui importe une machine pour transformer localement le cacao, le café ou d’autres matières premières peut contribuer à développer la valeur ajoutée nationale. Elle peut créer des emplois, renforcer les compétences industrielles et améliorer les capacités d’exportation du pays. Mais le financement du commerce extérieur soulève également une question stratégique. Les ressources serviront-elles principalement à importer des équipements productifs et à renforcer les exportations camerounaises, ou bénéficieront-elles davantage aux activités commerciales déjà bien établies ?
La distinction est essentielle. Car importer des machines pour produire localement n’a pas le même impact économique que financer exclusivement la distribution de produits finis importés. Dans un pays qui cherche à développer sa base industrielle, l’orientation des financements doit faire partie du débat public. Le Cameroun ne peut pas prétendre construire une économie productive en se contentant d’être un immense marché de consommation pour les produits fabriqués ailleurs. Le commerce international est nécessaire. Mais il doit aussi contribuer à renforcer les capacités de production nationales.
La BAD finance, AFG Bank distribue: qui devra rendre compte des résultats?
La Banque africaine de développement intervient précisément pour contribuer au développement économique du continent. Ses instruments de financement visent à soutenir l’investissement, les entreprises et les échanges commerciaux. Dans cette opération, AFG Bank Cameroun constitue un intermédiaire financier chargé de déployer les mécanismes prévus dans le cadre du partenariat. Il est donc légitime de s’interroger sur les modalités de suivi des engagements annoncés. Quels indicateurs permettront de mesurer les financements effectivement mobilisés? Combien d’entreprises auront bénéficié de la facilité ?
Quelle proportion des opérations soutenues aura contribué à la production locale? Combien d’emplois auront été créés ou maintenus ? Et dans quelle mesure les PME auront-elles bénéficié des ressources prévues? Ces questions ne constituent pas une remise en cause de la légitimité de l’opération. Elles traduisent une exigence de transparence et d’évaluation. Une institution de développement ne devrait pas être jugée uniquement sur les montants qu’elle approuve. Elle devrait également pouvoir démontrer les résultats économiques et sociaux des interventions qu’elle soutient.
L’Afrique manque-t-elle réellement d’argent ou de mécanismes pour financer ses entreprises?
La question dépasse largement le Cameroun. Dans son rapport 2025 sur le financement du commerce en Afrique, présenté en mai 2026, la BAD estimait que la demande non satisfaite en matière de financement du commerce se situait entre 74 et 92 milliards de dollars en 2024. Ces chiffres illustrent l’ampleur des besoins financiers du continent. Ils montrent également que les difficultés d’accès au financement ne peuvent pas être résolues uniquement par quelques opérations ponctuelles, aussi importantes soient-elles. Il faut des mécanismes durables, des instruments de garantie adaptés, une meilleure évaluation des risques et des produits financiers correspondant aux réalités des entreprises africaines.
Le développement du continent exige également un environnement économique favorable à l’investissement productif. Car il serait paradoxal de multiplier les programmes destinés aux PME sans s’attaquer aux obstacles qui compliquent leur accès au crédit. L’Afrique a besoin de banques solides et rentables. Mais elle a aussi besoin de banques capables de comprendre les réalités de ses entrepreneurs. Et surtout, elle doit éviter que le financement du développement ne devienne un exercice où les institutions célèbrent les montants engagés tandis que les bénéficiaires potentiels attendent toujours les résultats.
USAFRICA NEWS: les 26 milliards ne doivent pas devenir une simple victoire de communication
L’appui de la BAD à AFG Bank Cameroun représente une possibilité réelle de renforcer le financement des échanges commerciaux et d’accompagner les entreprises camerounaises. Il serait injuste d’en nier le potentiel. Mais il serait tout aussi imprudent de considérer cette opération comme une réussite économique avant même d’en avoir mesuré les résultats. Pour USAFRICA NEWS, la véritable question n’est pas de savoir si AFG Bank Cameroun est capable de mobiliser davantage de ressources financières. L’enjeu est de déterminer comment ces ressources contribueront à transformer les capacités productives du pays.
Il faudra notamment observer les conditions d’accès aux financements, la diversité des entreprises bénéficiaires, les investissements réalisés et les retombées sur l’emploi. Les engagements concernant les PME, les femmes et les jeunes devront faire l’objet d’une attention particulière. Car le développement économique ne se mesure pas seulement à travers les bilans bancaires. Il se mesure également dans les entreprises qui se créent, les activités qui se développent, les emplois qui se consolident et les productions locales qui deviennent plus compétitives.
26 MILLIARDS POUR LE COMMERCE: ET SI, POUR UNE FOIS, LES PETITS ENTREPRENEURS ÉTAIENT LES VÉRITABLES GAGNANTS?
Vingt-six milliards deux cents millions de francs CFA. Le montant est considérable. L’ambition annoncée est encourageante. Et le partenariat entre la Banque africaine de développement et AFG Bank Cameroun pourrait contribuer à améliorer le financement du commerce extérieur. Mais une vérité mérite d’être rappelée : l’approbation d’une facilité financière n’est pas encore la preuve d’un développement économique réussi.
Les entrepreneurs camerounais n’ont pas besoin uniquement de nouvelles annonces financières. Ils ont besoin de crédits adaptés, de garanties accessibles, de procédures transparentes et d’un environnement permettant à leurs entreprises de se développer. Les institutions financières, de leur côté, doivent concilier ces besoins avec la prudence bancaire indispensable à leur stabilité. C’est cet équilibre qui déterminera la portée réelle de l’opération. Car pendant que les grands établissements annoncent leurs milliards, les petits entrepreneurs continuent de compter leurs dépenses, de rechercher des financements et de lutter pour maintenir leurs activités.
Le véritable succès ne sera pas d’avoir annoncé 26,2 milliards de FCFA. Il sera de pouvoir démontrer, demain, combien d’entreprises camerounaises auront effectivement grandi grâce à ces ressources.
Et si ces milliards permettent à des PME de transformer davantage de matières premières, de conquérir de nouveaux marchés et de créer des emplois, alors l’opération méritera pleinement d’être saluée. Dans le cas contraire, elle restera surtout une annonce financière de plus. Et l’Afrique en a déjà entendu beaucoup.
USAFRICA NEWS continuera donc de poser la question que les chiffres ne suffisent pas à résoudre: à qui profite réellement l’argent destiné au développement africain ?
DOUALA, CAMEROON — Twenty-six billion two hundred million CFA francs! Surely a sum worthy of applause in the plush boardrooms of African finance. Bankers can proclaim their ambitions, financial institutions celebrate their partnerships, and official statements herald fresh prospects for growth. But in Douala’s markets, Bafoussam’s workshops, Yaoundé’s small businesses, and farming communities across Cameroon, a far more down-to-earth question persists: when will the billions announced at financial conferences finally reach the people who actually create wealth?
On October 21, 2026, the Board of Directors of the African Development Bank (AfDB) approved a €40 million facility, approximately CFA 26.2 billion for AFG Bank Cameroon. Its stated objectives are to strengthen trade finance, support small and medium-sized enterprises (SMEs), bolster local production, and promote job creation.
An admirable ambition, without question.
But at USAFRICA NEWS, we refuse to confuse billions announced with results delivered. Between funds made available to a bank and money that enables an entrepreneur to expand a business, the journey can be considerably more complicated than institutional press releases suggest.
Contrary to what a quick reading of the announcement might suggest, CFA 26.2 billion is not a check being handed out free of charge to Cameroonian entrepreneurs. The AfDB-approved facility consists of two distinct instruments. The first is a trade-finance line of credit of up to €30 million, approximately CFA 19.7 billion, with a three-and-a-half-year tenor and a three-year grace period. The second is a €10 million transaction guarantee, approximately CFA 6.6 billion, valid for five years.
That guarantee is intended, in particular, to facilitate confirmation of letters of credit used in international trade. In other words, one part of the package provides financing resources, while the other helps secure certain transactions. This is not CFA 26.2 billion being transferred directly to SMEs.
That distinction matters. In the language of finance, billions sometimes travel more easily through announcements than into small-business owners’ accounts. And when discussing economic development, words matter.
AFG Bank Cameroon has shown notable growth. According to reported figures for 2025, the institution held approximately CFA 1,196.4 billion in deposits and CFA 812 billion in customer loans. These indicators reportedly increased by 28.6% and 32.1%, respectively, year over year. Impressive material for institutional presentations, and a sign of the bank’s expansion. But a bank increasing its lending by more than 30% does not, by that figure alone, demonstrate that small businesses are sharing fairly in the growth.
How much of that lending went to SMEs? What shares actually financed agriculture, processing industries, or young entrepreneurs? How many loan applications were rejected? And, above all, on what terms were the loans granted? Such information would allow a more precise assessment of the economic benefits of this banking expansion. A bank can report billions in additional loans without improving the neighborhood entrepreneur’s chances of obtaining one.
The challenge of financing small businesses in Cameroon is neither imaginary nor new. In an analysis published in March 2026, the International Monetary Fund (IMF) highlighted the heavy concentration of bank credit among large companies. According to the data it examined, large enterprises received roughly 70% of business bank loans between the third quarter of 2021 and the second quarter of 2025, compared with 18% for SMEs.
The IMF also pointed to the predominance of short-term financing and the relatively high cost of credit. These figures reveal a structural imbalance. On one side are banks with substantial financial resources. On the other are small businesses confronting collateral requirements, borrowing costs, and difficulties financing investment. The result?
Entrepreneurs have projects, sometimes even confirmed orders and potential markets, but not always the resources needed to grow. And while institutions discuss economic transformation, some business founders keep discovering that a good idea alone is not enough to persuade a bank. Lending naturally requires careful risk management. But when banking mechanisms systematically exclude part of the productive economy, the entire country may pay the price.
One important aspect of the operation is its stated commitments to SMEs, women, and young people. According to the AfDB, half of the €30 million credit line is earmarked for SMEs—up to €15 million, or approximately CFA 9.8 billion. Of that SME allocation, 30% is intended to support businesses led by women and/or young people. That commitment deserves recognition, but above all, scrutiny. Announcing inclusive-finance targets is one thing. Demonstrating that the resources actually reached their intended beneficiaries is another.
Several questions will therefore need answers. How many women entrepreneurs will secure financing? How many young business owners will be able to expand? Which sectors will receive priority? Will smaller firms have access to terms suited to their financial capacity? And how will outcomes be evaluated? Women’s and youth entrepreneurship must not become mere public-relations talking points. Women and young entrepreneurs need more than a mention in press releases: they need accessible financing, transparent terms, and genuine opportunities to grow.
The facility for AFG Bank Cameroon is intended to support businesses involved in agro-industry, manufacturing, agribusiness, and import-export operations. It may help finance machinery, equipment, and production inputs. This approach has clear economic potential.
A Cameroonian company importing machinery to process cocoa, coffee, or other raw materials locally can help increase domestic value added. It can create jobs, build industrial expertise, and improve the country’s export capacity. Yet trade finance also raises a strategic question. Will these resources primarily fund productive equipment and strengthen Cameroonian exports, or will they benefit already-established trading activities?
Distinction is essential. Importing machinery to manufacture locally does not have the same economic effect as exclusively financing the distribution of imported finished goods. In a country seeking to expand its industrial base, the direction of financing deserves public debate. Cameroon cannot credibly claim to be building a productive economy while remaining merely a vast consumer market for goods made elsewhere. International trade is necessary, but it should also strengthen domestic productive capacity.
The African Development Bank exists precisely to advance the continent’s economic development. Its financing instruments are designed to support investment, businesses, and trade. In this operation, AFG Bank Cameroon serves as the financial intermediary responsible for implementing the mechanisms established under the partnership. It is therefore legitimate to ask how the announced commitments will be monitored. Which indicators will measure the financing actually deployed? How many companies will benefit from the facility?
What share of supported transactions will contribute to local production? How many jobs will be created or preserved? And to what extent will SMEs receive the resources intended for them? These questions do not challenge the legitimacy of the operation. They reflect a demand for transparency and evaluation. A development institution should not be judged solely by the amounts it approves. It should also be able to demonstrate the economic and social results of the initiatives it supports.
The issue extends far beyond Cameroon. In its 2025 report on trade finance in Africa, presented in May 2026, the AfDB estimated unmet demand for trade finance at between $74 billion and $92 billion in 2024. These figures illustrate the scale of the continent’s financing needs. They also show that difficulties accessing finance cannot be resolved through a handful of isolated initiatives, however substantial. What is needed are durable mechanisms, suitable guarantee instruments, better risk assessment, and financial products aligned with the realities of African businesses.
The continent’s development also requires an economic environment conducive to productive investment. After all, it would be paradoxical to multiply programs for SMEs without addressing the obstacles that make borrowing difficult. Africa needs strong, profitable banks. But it also needs banks that understand the realities facing its entrepreneurs. Above all, development finance must not become an exercise in which institutions celebrate the sums committed while prospective beneficiaries continue waiting for results.
The AfDB’s support for AFG Bank Cameroon offers a genuine opportunity to strengthen trade finance and assist Cameroonian businesses. Denying that potential would be unfair. But declaring the operation an economic success before its results can be measured would be equally premature. For USAFRICA NEWS, the real question is not whether AFG Bank Cameroon can mobilize additional financial resources. It is how those resources will help transform the country’s productive capacity.
Attention must be paid to financing terms, the diversity of beneficiary businesses, investments undertaken, and effects on employment. Commitments to SMEs, women, and young people deserve scrutiny. Economic development is not measured solely on bank balance sheets. It is also measured in new businesses, expanding operations, secure jobs, and increasingly competitive local production.
Twenty-six billion two hundred million CFA francs. The amount is substantial. The stated ambition is encouraging. And the partnership between the African Development Bank and AFG Bank Cameroon could help improve foreign-trade financing. But one truth must be emphasized: approving a financial facility is not yet proof of successful economic development. Cameroonian entrepreneurs need more than fresh financial announcements. They need suitable loans, accessible guarantees, transparent procedures, and an environment in which their businesses can thrive. Financial institutions, for their part, must reconcile those needs with the prudent banking practices essential to their stability. That balance will determine the operation’s real significance. While major institutions announce their billions, small entrepreneurs keep counting expenses, seeking financing, and struggling to keep their businesses afloat.
Real success will not lie in announcing CFA 26.2 billion. It will lie in showing, in the years ahead, how many Cameroonian businesses actually grew because of these resources.
If these billions enable SMEs to process more raw materials, enter new markets, and create jobs, the operation will fully deserve praise. Otherwise, it will remain yet another financial announcement. And Africa has heard plenty of those already. USAFRICA NEWS will therefore continue asking the question that figures alone cannot answer: who really benefits from the money intended for Africa’s development?
DOUALA, CAMEROUN — Il existe des pays où l’on réforme les institutions pour renforcer la démocratie. Et puis il existe le Cameroun, où chaque modification constitutionnelle semble soulever une question embarrassante: cherche-t-on véritablement à construire l’avenir de la République ou simplement à prolonger la vie d’un système politique qui refuse de se réinventer?
Au cœur de cette nouvelle controverse, Cabral Libii, président du Parti camerounais pour la réconciliation nationale (PCRN), réclame la nomination d’un vice-président de la République. Selon lui, cette désignation permettrait de garantir la continuité institutionnelle et de réduire les tensions autour de la succession présidentielle. L’argument peut sembler raisonnable. Mais derrière cette proposition se cache une interrogation bien plus fondamentale: le Cameroun a-t-il besoin d’un nouveau vice-président ou d’un véritable changement de système?
Une République où les fauteuils se multiplient, mais où les problèmes demeurent
Le 14 avril 2026, la révision constitutionnelle camerounaise a consacré le retour de la fonction de vice-président. Selon les nouvelles dispositions, celui-ci peut être nommé et révoqué par le chef de l’État et, en cas de vacance définitive de la présidence, achever le mandat en cours. Voilà donc une innovation institutionnelle majeure. Mais quelle innovation! Dans un pays où les citoyens attendent des réponses concrètes à leurs difficultés quotidiennes, la classe politique semble davantage préoccupée par l’identité du prochain occupant d’un bureau présidentiel que par l’amélioration des conditions de vie des populations. Le peuple réclame des perspectives économiques. On lui parle de succession.
La jeunesse réclame des emplois. On lui présente une nouvelle architecture institutionnelle. Les familles réclament des services publics efficaces. On leur explique les subtilités d’une nomination présidentielle. À ce rythme, le Cameroun pourrait finir par disposer d’une remarquable collection de titres officiels, sans pour autant résoudre les problèmes qui minent son développement. Le drame n’est pas de créer un poste de vice-président. Le drame serait de croire qu’un fauteuil supplémentaire constitue une politique de développement.
Cabral Libii: le pragmatisme politique peut-il devenir une contradiction?
Cabral Libii n’est pas un nouveau venu dans le débat institutionnel camerounais. Son parti avait notamment proposé des amendements visant à encadrer la nomination du vice-président par une validation parlementaire et à limiter le nombre de mandats présidentiels. Il serait donc injuste de prétendre qu’il n’a jamais défendu des mécanismes de contrôle démocratique. Cependant, sa récente insistance à nommer un vice-président soulève une question de cohérence politique. Comment dénoncer les insuffisances démocratiques d’un dispositif constitutionnel tout en réclamant avec autant de détermination son application?
Certes, Cabral Libii peut répondre qu’il agit en réaliste, dans le cadre juridique désormais en vigueur. Mais le réalisme politique ne devrait jamais dispenser un responsable de répondre aux interrogations légitimes des citoyens. Car entre accepter l’existence d’une disposition constitutionnelle et en faire une priorité nationale, il existe une différence considérable. Le Cameroun n’a pas besoin d’une opposition qui se contente de commenter les mécanismes du pouvoir. Il a besoin d’une opposition capable d’expliquer comment elle compte les transformer. À force de vouloir corriger le fonctionnement d’un système sans remettre suffisamment en question ses fondements, on risque de devenir le mécanicien permanent d’une machine que l’on promet pourtant de remplacer.
La succession présidentielle: le Cameroun serait-il devenu l’otage de ses propres institutions?
Le débat sur la vice-présidence dépasse largement la personnalité de Cabral Libii. Il révèle une inquiétude profonde concernant l’avenir institutionnel du Cameroun. Dans sa déclaration du 13 octobre 2026, le président du PCRN a alerté sur les risques de blocage et de tensions politiques si le poste de vice-président demeure vacant. Son inquiétude mérite d’être prise au sérieux. Mais pourquoi un pays doté d’une Constitution, d’un Parlement, d’un gouvernement, d’une justice et de nombreuses administrations devrait-il redouter autant une éventuelle succession présidentielle?
Une République véritablement solide ne devrait pas dépendre du destin d’un seul individu. Les institutions devraient être capables de fonctionner indépendamment de l’âge, de la santé ou de la présence physique de celui qui dirige l’État. Or, lorsque toute une nation semble suspendue aux calculs de succession, c’est la solidité même de son architecture institutionnelle qui mérite d’être interrogée. Le Cameroun ne peut éternellement organiser son avenir autour d’une seule question: qui viendra après Paul Biya? La question véritable devrait être: quel Cameroun voulons-nous construire après des décennies de concentration du pouvoir?
Une vice-présidence nommée: continuité républicaine ou succession organisée?
C’est ici que le débat devient particulièrement sensible. Le vice-président prévu par la Constitution révisée n’est pas directement élu au suffrage universel pour cette fonction. Il est désigné par le président de la République. Et cette désignation pourrait lui permettre, dans les circonstances prévues par la Constitution, d’exercer la magistrature suprême jusqu’au terme du mandat présidentiel. Autrement dit, le choix d’un seul homme pourrait déterminer l’identité de celui qui dirigera demain l’ensemble du pays. Il ne s’agit pas d’affirmer qu’une telle procédure serait automatiquement illégale. Elle est désormais inscrite dans l’architecture constitutionnelle.
Mais sa légalité ne fait pas disparaître le débat sur sa légitimité démocratique. Christian Ntimbane Bomo, président du parti Héritage, a d’ailleurs vivement contesté la position de Cabral Libii, estimant qu’une telle nomination pourrait favoriser une succession décidée en dehors d’une nouvelle consultation populaire. La controverse est donc réelle.
D’un côté, ceux qui défendent la continuité institutionnelle. De l’autre, ceux qui redoutent une transmission du pouvoir sans véritable arbitrage électoral. Et au milieu de cette confrontation, le peuple camerounais, qui mérite mieux qu’un rôle de spectateur dans la désignation de ses dirigeants. La stabilité est une nécessité nationale. Mais elle ne doit jamais devenir le prétexte commode permettant de reléguer la souveraineté populaire au second plan.
Pendant que les politiciens calculent, le peuple attend
Il serait peut-être temps de rappeler à l’ensemble de la classe politique camerounaise une réalité élémentaire: les institutions ne sont pas une fin en soi. Elles existent pour servir les citoyens. Une réforme constitutionnelle ne nourrit pas automatiquement une famille. Une nomination présidentielle ne crée pas spontanément des emplois. Un nouveau vice-président ne garantit ni la disponibilité des médicaments dans les hôpitaux, ni l’amélioration des écoles, ni la réduction des inégalités sociales. Le Cameroun doit évidemment préparer l’avenir de ses institutions. Mais cette préparation ne peut pas absorber indéfiniment le débat public au détriment des urgences économiques et sociales.
Car à quoi sert une République parfaitement organisée pour transmettre le pouvoir si elle peine à garantir à ses citoyens les conditions essentielles d’une vie digne ? La politique camerounaise donne parfois l’impression d’une immense réunion de copropriétaires discutant de la répartition des bureaux pendant que l’immeuble réclame d’importants travaux. Tout le monde veut connaître l’emplacement du prochain fauteuil. Mais qui se préoccupe suffisamment des fondations?
L’opposition camerounaise face à ses responsabilités historiques
Cabral Libii, Maurice Kamto et les autres figures de l’opposition peuvent défendre des stratégies différentes. C’est le principe même du pluralisme politique. Mais leurs divergences ne devraient pas masquer une exigence commune: proposer aux Camerounais des perspectives crédibles de transformation démocratique. L’opposition ne peut pas devenir une simple compétition de déclarations médiatiques. Elle ne peut pas non plus se réduire à une bataille permanente pour savoir qui possède la meilleure interprétation des intentions du pouvoir.
Les Camerounais sont en droit de demander des propositions concrètes sur l’indépendance de la justice, la transparence électorale, la lutte contre la corruption, la responsabilité des dirigeants et l’amélioration des services publics. Ils ont également le droit d’exiger de la cohérence. Car un responsable politique ne devient pas automatiquement un réformateur parce qu’il critique le gouvernement. Il le devient lorsqu’il présente une alternative crédible, défend des principes constants et accepte de soumettre ses propres propositions à la critique.
Le Cameroun mérite mieux qu’une succession de nominations
Le problème fondamental n’est pas de savoir si le prochain vice-président sera anglophone ou francophone, originaire du Nord ou du Sud, proche du pouvoir ou issu d’une autre sensibilité politique. Ces considérations peuvent avoir une importance dans un pays marqué par de profondes fractures historiques et sociales. Mais elles ne sauraient remplacer la question essentielle: quelles garanties démocratiques accompagneront l’exercice du pouvoir? Un changement de visage sans changement de méthode risque de ne produire qu’une nouvelle version des mêmes difficultés.
Une alternance véritable ne se résume pas au remplacement d’un dirigeant. Elle suppose des institutions capables de contrôler les gouvernants, de sanctionner les abus, de protéger les libertés et de permettre aux citoyens de choisir librement leurs représentants. C’est cette transformation que les Camerounais devraient pouvoir exiger. Et c’est sur cette ambition que les responsables politiques devraient être jugés.
USAFRICA NEWS: LE PEUPLE CAMEROUNAIS N’A PAS BESOIN D’UN SAUVEUR NOMMÉ PAR DÉCRET
Au bout du compte, le débat lancé par Cabral Libii a au moins un mérite: il remet au centre de l’actualité une question que le Cameroun ne pourra pas éviter éternellement, celle de l’organisation de son avenir politique. Mais il serait dangereux de réduire cette réflexion à la désignation d’un nouveau titulaire au sommet de l’État. Le Cameroun mérite une réflexion beaucoup plus ambitieuse. Il mérite des institutions qui fonctionnent sans dépendre de la volonté personnelle d’un dirigeant.
Il mérite une Constitution qui protège la souveraineté populaire plutôt qu’une simple mécanique de conservation du pouvoir. Il mérite une opposition qui propose des transformations profondes et un gouvernement capable de rendre des comptes. Cabral Libii a parfaitement le droit de défendre la nomination d’un vice-président. Ses adversaires ont tout autant le droit d’en dénoncer les risques. Mais ni les uns ni les autres ne devraient oublier l’essentiel : le véritable propriétaire de la République n’est ni le président, ni son éventuel vice-président, ni les chefs de partis politiques.
C’est le peuple camerounais. Et tant que cette évidence ne sera pas pleinement traduite dans le fonctionnement des institutions, le Cameroun pourra multiplier les nominations, les révisions constitutionnelles et les promesses de stabilité. Il continuera pourtant de tourner autour de la même interrogation fondamentale : Quand cessera-t-on enfin d’organiser le pouvoir autour des hommes pour commencer à organiser l’État autour des citoyens ? Car le Cameroun n’a pas besoin d’un fauteuil de plus pour faire avancer son histoire. Il a besoin d’une démocratie qui fonctionne, d’institutions qui rendent des comptes et d’une classe politique qui comprenne enfin que gouverner n’est pas hériter d’un pays, mais servir une nation.
DOUALA, CAMEROON — Some countries reform their institutions to strengthen democracy. Then there is Cameroon, where every constitutional amendment seems to raise an uncomfortable question: is the aim truly to build the republic’s future, or merely to prolong the life of a political system unwilling to reinvent itself? At the heart of this latest controversy is Cabral Libii, president of the Cameroonian Party for National Reconciliation (PCRN), who is calling for the appointment of a vice president of the republic. He argues that such an appointment would safeguard institutional continuity and ease tensions surrounding presidential succession. The argument may sound reasonable. Yet behind this proposal lies a far more fundamental question: does Cameroon need a new vice president, or a genuine change of system?
A Republic Where Political Positions Multiply but Problems Persist
On April 14, 2026, Cameroon’s constitutional revision restored the office of vice president. Under the new provisions, the head of state may appoint and dismiss the vice president, who could complete the incumbent’s term if the presidency becomes permanently vacant. A major institutional innovation, then. But what an innovation! In a country where citizens are waiting for concrete answers to their daily struggles, the political class seems more preoccupied with who will occupy the next presidential office than with improving people’s living conditions. Citizens demand economic opportunities. They are offered a succession debate.
Young people demand jobs. They are presented with a new institutional framework. Families demand effective public services. They are treated to explanations of the finer points of presidential appointments. At this rate, Cameroon could end up with an impressive collection of official titles without resolving the problems holding back its development. The tragedy is not the creation of a vice presidency. The tragedy would be believing that one more seat at the top amounts to a development policy.
Cabral Libii: Can Political Pragmatism Become a Contradiction?
Cabral Libii is no newcomer to Cameroon’s institutional debate. His party had proposed amendments requiring parliamentary approval of the vice-presidential appointment and limiting the number of presidential terms. It would therefore be unfair to suggest that he has never defended mechanisms of democratic oversight. Nevertheless, his recent insistence on appointing a vice president raises a question of political consistency. How can one criticize the democratic shortcomings of a constitutional arrangement while so forcefully demanding its implementation?
Libii may, of course, argue that he is being realistic within the legal framework now in force. But political realism should never exempt a leader from addressing citizens’ legitimate concerns. There is a considerable difference between acknowledging the existence of a constitutional provision and elevating its implementation to a national priority. Cameroon does not need an opposition that merely comments on the machinery of power. It needs an opposition capable of explaining how it intends to transform that machinery. By continually trying to repair a system without sufficiently questioning its foundations, one risks becoming the permanent mechanic of a machine one has promised to replace.
Presidential Succession: Has Cameroon Become a Hostage to Its Own Institutions?
The debate over the vice presidency goes far beyond Cabral Libii himself. It reveals deep anxiety about Cameroon’s institutional future. In his October 13, 26 statement, the PCRN leader warned of political deadlock and tensions if the vice-presidential office remains vacant. His concern deserves serious consideration. But why should a country with a constitution, parliament, government, judiciary, and numerous public administrations be so fearful of a possible presidential succession?
A genuinely resilient republic should not depend on the fate of a single individual. Institutions should be able to function regardless of the age, health, or physical presence of the person leading the state. Yet when an entire nation seems suspended in calculations over succession, the strength of its institutional architecture must be called into question. Cameroon cannot organize its future forever around one question: who will succeed Paul Biya? The real question should be: what kind of Cameroon do we want to build after decades of concentrated power?
An Appointed Vice President: Republican Continuity or an Orchestrated Succession?
This is where the debate becomes especially sensitive. Under the revised Constitution, the vice president is not directly elected to that office by universal suffrage. The president of the republic makes the appointment. And under the circumstances specified by the Constitution, that appointee could assume the highest office in the land for the remainder of the presidential term. In other words, one man’s choice could determine who leads the entire country tomorrow. This is not to suggest that such a procedure is automatically unlawful. It is now part of the constitutional framework.
But legality does not eliminate questions about democratic legitimacy. Christian Ntimbane Bomo, president of the Heritage Party, has sharply criticized Libii’s position, arguing that such an appointment could facilitate a succession decided without a fresh popular vote. The controversy is therefore real.
On one side are those who defend institutional continuity. On the other are those who fear a transfer of power without a genuine electoral decision. Caught in the middle are the Cameroonian people, who deserve more than a spectator’s role in choosing their leaders. Stability is a national necessity. But it must never become a convenient excuse for pushing popular sovereignty into the background.
While Politicians Calculate, the People Wait
Perhaps it is time to remind Cameroon’s entire political class of an elementary truth: institutions are not ends in themselves. They exist to serve citizens. Constitutional reform does not automatically put food on a family’s table. A presidential appointment does not spontaneously create jobs. A new vice president does not guarantee medicines in hospitals, better schools, or reduced social inequality. Cameroon must, of course, prepare its institutional future. But that preparation cannot indefinitely dominate public debate at the expense of urgent economic and social needs.
What good is a republic perfectly organized to transfer power if it struggles to guarantee its citizens the basic conditions of a dignified life? Cameroonian politics sometimes resembles an enormous condominium board meeting, with everyone debating who gets which office while the building itself desperately needs major repairs. Everyone wants to know where the next chair will go. But who is paying enough attention to the foundations?
Cameroon’s Opposition Confronts Its Historic Responsibilities
Cabral Libii, Maurice Kamto, and other opposition figures may pursue different strategies. That is the very essence of political pluralism. But their differences should not obscure a shared obligation: to offer Cameroonians credible prospects for democratic transformation. The opposition cannot become merely a contest of media statements. Nor can it be reduced to a perpetual battle over who has the cleverest interpretation of the government’s intentions.
Cameroonians have every right to demand concrete proposals on judicial independence, electoral transparency, fighting corruption, accountability in government, and improving public services. They also have the right to demand consistency. A political leader does not automatically become a reformer simply by criticizing the government. Reformers earn that description by presenting credible alternatives, upholding consistent principles, and accepting scrutiny of their own proposals.
Cameroon Deserves Better Than an Endless Succession of Appointments
The fundamental issue is not whether the next vice president will be Anglophone or Francophone, from the North or the South, close to the ruling establishment or from another political camp. Such considerations may matter in a country marked by deep historical and social divisions. But they cannot replace the essential question: what democratic safeguards will govern the exercise of power? Changing faces without changing methods risks producing nothing more than a new version of the same old problems.
Genuine political change is not simply about replacing one leader with another. It requires institutions capable of holding rulers accountable, punishing abuses, protecting freedoms, and allowing citizens to choose their representatives freely. That is the transformation Cameroonians should be entitled to demand. And that is the standard by which political leaders should be judged.
USAFRICA NEWS: THE CAMEROONIAN PEOPLE DO NOT NEED A SAVIOR APPOINTED BY DECREE
Ultimately, the debate initiated by Cabral Libii has at least one merit: it brings back to the forefront a question Cameroon cannot avoid forever—how to organize its political future. But it would be dangerous to reduce that discussion to the appointment of a new figure at the summit of the state. Cameroon deserves a far more ambitious debate. It deserves institutions that function without depending on the personal will of a single leader.
It deserves a constitution that protects popular sovereignty rather than merely serving as a mechanism for preserving power. It deserves an opposition that proposes far-reaching change and a government that can be held accountable. Cabral Libii has every right to advocate appointing a vice president. His opponents have just as much right to warn of the risks. But neither side should forget the essential truth: the republic belongs neither to the president, nor to a prospective vice president, nor to political party leaders.
It belongs to the Cameroonian people. Until that principle is fully reflected in the functioning of its institutions, Cameroon may continue to multiply appointments, constitutional revisions, and promises of stability. Yet it will remain trapped by the same fundamental question: when will we finally stop organizing power around individuals and start organizing the state around its citizens? Cameroon does not need one more chair to move its history forward. It needs a functioning democracy, accountable institutions, and a political class that finally understands that governing is not about inheriting a country; it is about serving a nation.
Il aura donc fallu attendre 2026 pour que l’évidence soit à nouveau proclamée avec une telle clarté au cœur même des Nations Unies: on ne peut raisonnablement prétendre administrer l’ordre mondial du XXIe siècle avec une architecture du pouvoir largement héritée de l’après-Seconde Guerre mondiale.
À l’ouverture du débat général de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York, le secrétaire général António Guterres a remis au centre de la scène internationale l’une des contradictions les plus persistantes de l’organisation : l’Afrique ne dispose toujours d’aucun siège permanent au Conseil de sécurité. Pour Guterres, la situation est désormais « injuste et indéfendable ». Le Conseil, a-t-il soutenu, doit être réformé afin de mieux refléter le monde actuel et de renforcer sa légitimité et son efficacité. Voilà ce qui est dit.
Mais pour l’Afrique, le véritable problème n’est plus seulement de savoir qui reconnaît l’injustice. Il est de savoir qui est réellement prêt à modifier les règles qui la perpétuent. 1945 appelle: il aimerait récupérer son Conseil de sécurité
Le Conseil de sécurité compte quinze membres. Cinq disposent d’un siège permanent: la Chine, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et la Russie. Ces cinq puissances disposent également du droit de veto.
Elle participe. Elle débat. Elle contribue aux Nations Unies. Ses crises occupent régulièrement l’agenda international. Ses États peuvent obtenir des sièges non permanents. Mais lorsqu’il s’agit de la catégorie la plus puissante du Conseil, celle des membres permanents, le continent reste dehors. La situation devient particulièrement difficile à défendre lorsqu’on se rappelle le contexte historique. Lorsque l’ONU fut créée en 1945, une grande partie de l’Afrique vivait encore sous domination coloniale. La structure institutionnelle née de cette époque a traversé huit décennies tandis que le monde, lui, s’est profondément transformé. Les empires coloniaux se sont effondrés. Des dizaines d’États africains sont devenus indépendants. L’Afrique compte aujourd’hui 54 États membres de l’ONU. Et pourtant, dans la catégorie permanente du Conseil de sécurité, le compteur africain affiche toujours: zero; Le monde a changé. La salle, elle, semble avoir oublié de changer les chaises. On parle beaucoup de l’Afrique. Mais décide-t-on avec elle?
C’est probablement ici que se trouve la contradiction la plus spectaculaire. L’Afrique est régulièrement au centre des discussions internationales sur la paix, les conflits, le terrorisme, les déplacements de populations, le développement, la sécurité alimentaire et le changement climatique. Le continent contribue également aux efforts internationaux de paix et de sécurité. Pourtant, lorsqu’arrive le moment de s’asseoir en permanence à la table où certaines des décisions les plus importantes concernant la sécurité mondiale sont prises, aucune chaise permanente ne porte le nom de l’Afrique. On pourrait presque en sourire si l’enjeu n’était pas aussi sérieux. L’Afrique est suffisamment importante pour être discutée, mais pas encore suffisamment représentée pour disposer d’une voix permanente dans le cercle où le veto peut déterminer le sort d’une résolution. C’est précisément cette contradiction que les appels à la réforme cherchent à corriger.
La position commune africaine ne consiste pas simplement à réclamer symboliquement « une place ». Dans les négociations sur la réforme du Conseil de sécurité, l’Afrique défend notamment l’attribution d’au moins deux sièges permanents et cinq sièges non permanents au continent. Elle demande également que les nouveaux membres permanents africains disposent des mêmes prérogatives que les membres permanents existants, y compris le veto aussi longtemps que celui-ci subsistera. Autrement dit, l’enjeu dépasse la photographie diplomatique. Installer deux représentants africains autour de la table tout en leur refusant les pouvoirs accordés aux autres membres permanents reviendrait à créer une permanence à deux vitesses: les permanents qui peuvent bloquer une décision et ceux qui seraient permanents surtout sur leur badge.
Ce serait une réforme remarquable. Surtout pour ne presque rien réformer.
Guterres a raison, mais Guterres ne peut pas seul changer la Charte “La déclaration du secrétaire général possède une importance politique et symbolique réelle. Elle renforce publiquement l’argument selon lequel la composition actuelle du Conseil ne correspond plus suffisamment aux réalités géopolitiques contemporaines.”
Le secrétaire général ne peut pas, d’un discours, créer de nouveaux sièges permanents. Une véritable réforme du Conseil exige une modification de la Charte des Nations Unies, ce qui suppose un niveau particulièrement élevé d’accord entre les États membres et, surtout, l’acceptation des cinq membres permanents actuels.
Car réformer le Conseil signifie nécessairement discuter du partage du pouvoir. Il est relativement facile d’applaudir le principe d’une ONU plus représentative. Il est beaucoup plus difficile de décider qui obtient une nouvelle chaise, quels pouvoirs accompagnent cette chaise et comment les détenteurs actuels du privilège acceptent de modifier un système dont ils sont précisément les principaux bénéficiaires.
L’Afrique n’a plus seulement besoin de déclarations affirmant qu’elle mérite une représentation permanente. Elle a besoin d’une réforme institutionnelle concrète. Les dirigeants africains auront également une responsabilité considérable: maintenir une position commune suffisamment cohérente pour éviter que les rivalités nationales ne deviennent le meilleur argument de ceux qui préfèrent reporter éternellement la réforme. Car une fois le principe des sièges permanents accepté, une question politiquement explosive apparaîtra inévitablement: Qui représentera l’Afrique? …… Nigeria? Afrique du Sud? Égypte? Une autre puissance africaine? Des sièges attribués selon un mécanisme de représentation régionale déterminé par l’Union africaine? … Ce débat viendra. Mais il ne doit pas devenir le prétexte idéal pour maintenir le statu quo.
La déclaration d’António Guterres remet donc une question fondamentale devant la communauté internationale. Une institution peut-elle durablement revendiquer une vocation universelle lorsque l’une des principales régions du monde demeure absente de sa catégorie permanente la plus puissante? Le secrétaire général a donné sa réponse : la situation est injuste et indéfendable.
Désormais, les discours ne suffisent plus. Parce qu’après plus de huit décennies, l’Afrique n’a pas besoin d’une nouvelle promesse soigneusement applaudie dans les couloirs de Manhattan. Elle a besoin d’une chaise. D’une vraie chaise. Avec les mêmes droits que les autres. Et surtout, d’une chaise qui ne disparaît pas lorsque les applaudissements de l’Assemblée générale prennent fin.
Le débat dépasse finalement la seule Afrique. Il concerne la crédibilité même du système multilatéral. Soit le Conseil de sécurité évolue pour mieux refléter le monde qu’il prétend représenter, soit l’écart continuera de se creuser entre l’idéal d’égalité proclamé par les Nations Unies et la distribution réelle du pouvoir au sein de leur institution la plus influente. António Guterres vient de remettre le problème sous les projecteurs. L’Afrique, elle, connaît le problème depuis longtemps. La question n’est donc plus de savoir si l’exclusion permanente du continent est difficile à défendre. La question est de savoir combien de générations africaines devront encore entendre qu’elle « doit changer » avant de la voir réellement changer.
It took until 2026 for an obvious truth to be proclaimed once again with such clarity at the heart of the United Nations: the international community cannot reasonably claim to manage the world order of the twenty-first century through a power structure largely inherited from the aftermath of World War II. At the opening of the general debate of the 81st session of the United Nations General Assembly in New York, Secretary-General António Guterres brought one of the organization’s most persistent contradictions back to the center of the international stage: Africa still has no permanent seat on the Security Council.
For Guterres, the situation is now “unjust and indefensible.” He argued that the Council must be reformed to better reflect today’s world and strengthen its legitimacy and effectiveness. That much has now been said. But for Africa, the real issue is no longer simply who recognizes the injustice. The question is who is genuinely prepared to change the rules that perpetuate it.
The Security Council has fifteen members. Five hold permanent seats: China, France, Russia, the United Kingdom and the United States. These five powers also hold the right of veto. Africa?
It participates. It debates. It contributes to the United Nations. Its crises regularly occupy the international agenda. African states can win non-permanent seats. But when it comes to the Council’s most powerful category, permanent membership, the continent remains outside. The situation becomes particularly difficult to defend when viewed in its historical context.
When the United Nations was created in 1945, much of Africa was still under colonial rule. The institutional structure born in that era has survived for eight decades, while the world itself has changed profoundly. Colonial empires have fallen. Dozens of African states have gained independence. Africa today accounts for 54 United Nations member states. And yet, in the permanent category of the Security Council, Africa’s tally remains the same: zero.
The world has changed. The room, it seems, forgot to change the chairs.
This is perhaps where the contradiction is most striking. Africa is regularly at the center of international discussions on peace, conflict, terrorism, population displacement, development, food security and climate change. The continent also contributes to international efforts to maintain peace and security. Yet when the time comes to sit permanently at the table where some of the world’s most consequential security decisions are made, not one permanent chair bears Africa’s name.
One could almost smile at the irony if the stakes were not so serious. Africa is important enough to be discussed, but not yet sufficiently represented to have a permanent voice within the circle where a veto can determine the fate of a resolution. That is precisely the contradiction that calls for reform to correct.
Africa’s common position is not simply a symbolic demand for “a place” at the table. In negotiations on Security Council reform, Africa has called for at least two permanent seats and five additional non-permanent seats for the continent. It has also demanded that new African permanent members receive the same prerogatives as the existing permanent members, including the veto, for as long as that power continues to exist.
In other words, the issue goes far beyond a diplomatic photo opportunity.
Giving two African representatives permanent seats while denying them the powers granted to the other permanent members would create a two-tier form of permanence: permanent members who can block a decision, and permanent members whose permanence would exist mainly on their nameplates. That would be quite a reform. Especially for changing almost nothing.
The Secretary-General’s statement carries genuine political and symbolic weight. It publicly reinforces the argument that the Council’s current composition no longer adequately reflects contemporary geopolitical realities.
But one distinction matters.
The Secretary-General cannot create new permanent seats through a speech. Meaningful reform of the Security Council requires an amendment to the United Nations Charter, demanding an exceptionally high level of agreement among member states and, crucially, acceptance by the five current permanent members. And this is where the discussion becomes considerably less poetic.
Reforming the Council necessarily means discussing the distribution of power. It is relatively easy to applaud the principle of a more representative United Nations. It is far more difficult to decide who receives a new chair, what powers come with that chair, and how the current holders of privilege agree to alter a system from which they themselves benefit.
Africa no longer needs only declarations affirming that it deserves permanent representation. It needs concrete institutional reform. African leaders will also carry a major responsibility: maintaining a sufficiently coherent common position so that national rivalries do not become the most convenient argument for those who would prefer to postpone reform indefinitely.
Once the principle of permanent African seats is accepted, an inevitably sensitive political question will arise: Who will represent Africa? ……. Nigeria? South Africa? Egypt? Another African power? Or seats allocated through a regional representation mechanism determined by the African Union? That debate will come. But it must not become the perfect excuse for preserving the status quo.
António Guterres’s statement therefore places a fundamental question before the international community. Can an institution credibly claim a universal mission when one of the world’s major regions remains absent from its most powerful category of permanent membership? The Secretary-General has given his answer: the situation is unjust and indefensible…. Words are no longer enough; After more than eight decades, Africa does not need another promise carefully applauded in the corridors of Manhattan. It needs a chair; A real chair; With the same rights as the others. And above all, a chair that does not disappear when the applause at the General Assembly comes to an end.
Ultimately, this debate extends beyond Africa. It concerns the credibility of the multilateral system itself. Either the Security Council evolves to better reflect the world it claims to represent, or the gap will continue to widen between the United Nations’ proclaimed ideal of equality and the actual distribution of power within its most influential body.
António Guterres has brought the issue back into the spotlight. Africa, however, has known the problem for a very long time. The question is no longer whether Africa’s exclusion from permanent membership is difficult to defend. The question is how many more generations of Africans must hear that it “must change” before they actually see it change.