Il fallait bien que cela arrive au grand théâtre des ambitions globales, l’Afrique, éternelle puissance en devenir, se retrouve une fois de plus à débattre… d’elle-même. Et au centre de cette chorégraphie diplomatique savamment désaccordée, un homme: Macky Sall, ancien président sénégalais, désormais aspirant à l’un des trônes les plus convoités de la planète le secrétariat général de l’Organisation des Nations unies.
Sur le papier, tout semblait pourtant simple. L’Union africaine, fidèle à sa rhétorique d’unité continentale, aurait pu dérouler le tapis rouge à son candidat, brandir haut l’étendard d’une Afrique parlant d’une seule voix, et envoyer au monde un message limpide : « Voici notre champion. » Mais voilà entre le discours et la pratique, il y a ce petit détail qu’on appelle la réalité.
Car dans les salons climatisés d’Addis-Abeba, capitale officieuse des grandes espérances africaines, le soutien à Macky Sall ressemble moins à une marche triomphale qu’à une danse hésitante. Ici, un État toussote discrètement. Là, un autre lève un sourcil sceptique. Plus loin, certains s’interrogent, non sans une pointe d’ironie: l’Afrique doit-elle vraiment se découvrir une vocation d’unanimité… précisément maintenant?
Le mécanisme dit « de silence » merveille bureaucratique où l’absence d’objection vaut approbation s’est ainsi transformé en un exercice d’équilibrisme. Un silence qui, loin d’être apaisé, résonne comme un brouhaha contenu. Car chacun sait que dans cette affaire, le non-dit parle souvent plus fort que les déclarations officielles.
Et comment pourrait-il en être autrement ? L’Afrique, ce continent aux 54 voix, n’est pas un chœur harmonieux mais une polyphonie complexe, parfois dissonante. Derrière chaque position se cachent des calculs subtils, des rivalités régionales, et cette question lancinante: pourquoi lui, et pas moi ou du moins, pas l’un des miens?
Pendant ce temps, sur la scène mondiale, les grandes puissances observent. Car si l’Organisation des Nations unies aime à se draper dans les habits du multilatéralisme, chacun sait que la désignation de son secrétaire général relève moins d’un concours de popularité que d’une partie d’échecs entre membres permanents du Conseil de sécurité. Autrement dit, même un candidat adoubé avec ferveur par l’Union africaine ne serait jamais qu’un prétendant parmi d’autres dans une arène où les règles ne sont jamais entièrement écrites.
Quant à Macky Sall lui-même, il avance, imperturbable, porté par l’assurance tranquille de ceux qui ont déjà occupé les sommets du pouvoir. Mais son ombre politique, elle, voyage avec lui : débats internes, critiques sur sa gouvernance, souvenirs encore frais pour certains de ses pairs africains. Autant de détails que la diplomatie ne mentionne jamais… mais n’oublie jamais non plus.
Ainsi se dessine ce tableau délicieusement paradoxal : une Afrique qui proclame son unité tout en la négociant à chaque instant; une candidature à la fois soutenue et contestée ; un silence qui fait du bruit.
Et au bout du compte, une question, simple en apparence mais redoutable dans ses implications: l’Afrique veut-elle vraiment parler d’une seule voix ou préfère-t-elle continuer à débattre du ton à adopter?
Dans ce feuilleton aux accents presque shakespeariens, une certitude demeure: quelle que soit l’issue, le monde écoutera. Peut-être pas toujours ce que l’Afrique dit. Mais assurément la manière dont elle hésite à le dire.
It was bound to happen on the grand stage of global ambition, Africa, an eternal power in the making, once again finds itself debating… itself. And at the center of this carefully dissonant diplomatic choreography stands one man: Macky Sall, former president of Senegal, now aspiring to one of the most coveted thrones on the planet, the Secretary-Generalship of the United Nations.
On paper, everything seemed straightforward. The African Union, ever faithful to its rhetoric of continental unity, could have rolled out the red carpet for its candidate, raised high the banner of a single African voice, and sent the world a clear message: “Here is our champion.” But between rhetoric and reality lies that persistent detail is called realpolitik.
For in the air-conditioned salons of Addis Ababa, the unofficial capital of grand African aspirations, support for Macky Sall looks less like a triumphant march and more like a hesitant dance. Here, one state clears its throat discreetly. There, another raises a skeptical eyebrow. Elsewhere, some wonder, not without irony: must Africa truly discover a passion for unanimity… precisely now?
The so-called “silence procedure” that bureaucratic marvel, where the absence of objection equals approval, has thus turned into a delicate balancing act. A silence that, far from being serene, echoes like contained noise. For everyone knows that in such matters, what remains unsaid often speaks louder than official statements.
And how could it be otherwise? Africa, this continent of 54 voices, is not a harmonious choir but a complex, sometimes dissonant polyphony. Behind every position lie subtle calculations, regional rivalries, and that lingering question: why him and not me, or at least one of my own?
Meanwhile, on the global stage, the great powers watch closely. While the United Nations likes to cloak itself in the garments of multilateralism, everyone understands that choosing its Secretary-General is less a popularity contest than a chess game among the permanent members of the Security Council. In other words, even a candidate enthusiastically endorsed by the African Union would still be just one contender in an arena where the rules are never fully written.
As for Macky Sall himself, he moves forward, unperturbed, carried by the quiet confidence of those who have already stood at the heights of power. Yet his political shadow travels with him: domestic tensions, criticisms of governance, memories still fresh for some of his African peers. Details diplomacy never mentions… but never forgets.
Thus, this deliciously paradoxical tableau emerges: an Africa that proclaims its unity while constantly negotiating it; a candidacy both supported and contested; a silence that makes noise.
And in the end, one question remains simple in appearance, formidable in implication: does Africa truly want to speak with one voice, or does it prefer to keep debating the tone it should adopt?
In this almost Shakespearean drama, one certainly endures whatever the outcome, the world will be listening. Perhaps not always to what Africa says, but certainly to how it hesitates to say it.
Il y a, dans la relation entre le Cameroun et ses Lions Indomptables, quelque chose qui relève moins du sport que du réflexe nerveux. Une défaite, et c’est la crise. Une victoire, et l’on exige déjà la suivante plus éclatante, plus convaincante, plus immédiate. Entre les deux? Le temps de construire n’existe pas.
C’est dans cette arène surchauffée que débarque David Pagou. À peine installé, déjà jugé. À peine présenté, déjà contesté. Le tort du nouvel homme fort? Peut-être simplement d’être là et pire encore, d’être l’un des leurs.
La FIFA Series: laboratoire… ou tribunal populaire?
Dans un pays où chaque match est traité comme une finale de Coupe du monde, David Pagou ose pourtant une hérésie: utiliser la FIFA Series comme un laboratoire.
Oui, un laboratoire. Pas un théâtre de gloire immédiate, mais un espace d’essais, d’erreurs, de réglages. Une idée presque subversive dans un environnement où l’expérimentation est perçue comme un luxe inutile.
Pendant que les supporters scrutent le score, lui observe les hommes. Pendant que l’opinion réclame des certitudes, il cherche des profils. Pendant que la rue veut des héros, il tente de fabriquer une équipe.
Sacrifier les “cadres”: crime de lèse-majesté
Mais au Cameroun, toucher aux “cadres”, c’est toucher à un patrimoine national. En écartant certains piliers historiques de la sélection, David Pagou n’a pas seulement fait un choix sportif il a déclenché un procès populaire. Comment ose-t-il ? Comment peut-on reconstruire sans ceux qui ont “fait l’équipe” ?
La question semble oublier une évidence : aucune équipe ne se renouvelle sans rupture. Mais au pays des Lions, la mémoire est parfois plus forte que la logique.
Les héros d’hier, les oubliés d’aujourd’hui
Plus déroutant encore pour l’opinion : la mise à l’écart de certains joueurs révélés lors de la Coupe d’Afrique des nations 2025. Ceux qui, hier encore, faisaient vibrer les foules, se retrouvent aujourd’hui absents des listes. Incompréhension générale. Indignation presque morale.
Et pourtant, le football moderne est cruel: une compétition réussie ne garantit ni constance, ni adaptation à un projet nouveau. Mais cela, dans un pays où l’émotion prime souvent sur l’analyse, passe difficilement.
Chercher des talents pendant que le pays réclame des miracles
À contre-courant, David Pagou s’entête. Il explore, teste, observe. Il profite de la FIFA Series pour dénicher de nouveaux talents, parfois inconnus du grand public. Une démarche patiente, presque artisanale, dans un univers qui exige de l’immédiateté industrielle. Car pendant que lui cherche l’avenir, le pays, lui, exige le présent.
Pourquoi refuse-t-on de faire confiance à l’un des nôtres ?
La question dérange. Elle gratte là où ça fait mal. Pourquoi un entraîneur local comme David Pagou inspire-t-il si peu de patience? Pourquoi cette suspicion quasi automatique ?
Peut-être parce que :
Au fond, le problème dépasse Pagou. Il touche à une fracture plus profonde: celle d’un pays qui veut briller sans passer par l’ombre du travail.
Un pays pressé, un projet menacé
Le Cameroun veut gagner. Tout de suite. Tout le temps. Sans transition, sans chantier, sans délai. Mais le football, comme toute œuvre durable, ne se construit ni dans l’urgence ni dans la panique. Alors David Pagou tiendra-t-il ?
Ou sera-t-il, lui aussi, sacrifié sur l’autel d’une impatience nationale devenue doctrine?
Dans ce pays où l’on réclame des fruits avant même d’avoir planté l’arbre, la réponse semble déjà écrite.
There is, in the relationship between Cameroon and its Indomitable Lions, something that resembles less a sporting culture than a reflexive impulse. One defeat triggers a crisis; one victory immediately raises expectations for the next, more convincing, more dominant, more immediate. In between, the time required to build simply does not exist.
It is into this overheated arena that David Pagou steps. Barely in position, already judged. Barely introduced, already contested. His fault? Perhaps simply being there and, worse still, being one of their own.
FIFA Series: Laboratory… or Public Tribunal?
In a country where every match is treated like a World Cup final, David Pagou dares what many perceive as heresy: using the FIFA Series as a laboratory.
Yes, a laboratory, not a stage for instant glory, but a space for experimentation, error, and adjustment. A nearly subversive concept in an environment where experimentation is often seen as an unnecessary luxury.
While supporters fixate on the scoreboard, he studies players. While public opinion demands certainty, he searches for profiles. While the streets crave heroes, he attempts to build a team.
Dropping the “Veterans”: A Crime of Lèse-Majesté
In Cameroon, however, sidelining established players is akin to tampering with national heritage. By leaving out several long-standing pillars of the squad, David Pagou has done more than make a sporting decision; he has triggered a public trial. How dare he? How can one rebuild without those who “made the team”?
Such questions overlook a simple truth: no team renews itself without rupture. Yet in the land of the Lions, memory often outweighs logic.
Yesterday’s Heroes, Today’s Absentees
Even more perplexing for public opinion is the omission of certain players who shone during the Africa Cup of Nations 2025. Those who only yesterday electrified the nation now find themselves absent from the squad list.
The reaction has been one of widespread confusion and almost moral outrage.
And yet, modern football is unforgiving: a successful tournament guarantees neither consistency nor compatibility with a new project. In a context where emotion often outweighs analysis, this reality is a difficult one to accept.
Hunting for Talent While the Nation Demands Miracles
Against the current, David Pagou persists. He explores, tests, and observes. He uses the FIFA Series to identify new talent, often unknown to the wider public.
It is a patient, almost artisanal approach in a system that demands industrial immediacy. While he searches for the future, the nation insists on the present.
Why Is There So Little Trust in One of Our Own?
The question is uncomfortable. It strikes at a deeper unease. Why does a local coach like David Pagou inspire so little patience? Why this almost instinctive suspicion?
Perhaps because:
Ultimately, the issue goes beyond Pagou. It speaks to a deeper fracture: that of a nation eager to shine without passing through the necessary shadows of hard work.
An Impatient Nation, A Project at Risk
Cameroon wants to win now, always, without transition, without groundwork, without delay. But football, like any enduring endeavor, cannot be built in urgency or panic. So, will David Pagou endure? Or will he be sacrificed on the altar of a national impatience that has become doctrine?
In a country where fruits are demanded before the tree is even planted, the answer may already be written.
Il y a les Coupes d’Afrique des nations que l’on joue. Et puis il y a celles que l’on raconte. La CAN 2025, organisée avec faste au Maroc, appartient résolument à la seconde catégorie: un tournoi où les buts comptent, certes, mais où les silences pèsent parfois bien plus lourd que les filets qui tremblent.
Car enfin, que retenir? Des matchs disputés ? Sans doute. Des émotions ? Évidemment. Mais surtout cette impression persistante presque entêtante que quelque chose, quelque part, ne tournait pas tout à fait rond dans la grande mécanique du football africain, pilotée par la très sérieuse Confédération africaine de football.
Sur la pelouse, les arbitres ont sifflé. Ou plutôt, ils ont interprété. Avec une créativité qui, à défaut d’unanimité, aura au moins eu le mérite de susciter des débats passionnés. Faut-il parler d’erreurs humaines? D’appréciations discutables ? Ou d’un sens aigu de l’opportunité contextuelle? La question reste posée et soigneusement sans réponse.
Car dans les hautes sphères, on ne parle jamais de “scandale”. On évoque des “incidents”. On ne dit pas “controverse”. On préfère “séquence regrettable”. Le lexique est feutré, presque élégant. À l’image de cette gouvernance du football africain où tout semble toujours sous contrôle surtout l’imprévu.
Pendant ce temps, dans les tribunes VIP et les salons diplomatiques, une silhouette ne passait pas inaperçue : celle de Gianni Infantino, président de la FIFA, dont la présence prolongée au Maroc a fini par ressembler moins à une visite protocolaire qu’à une résidence secondaire officieuse. Matchs, réceptions, sourires, poignées de main : une omniprésence qui, à force d’être normale, en devenait presque remarquable.
Officiellement, rien à signaler. Officieusement, beaucoup à interpréter.
Car le football moderne n’est pas seulement un sport : c’est un langage. Et dans ce langage, les symboles comptent. Une présence ici. Une proximité là. Un silence ailleurs. Autant de signes qui, mis bout à bout, dessinent des récits parallèles rarement confirmés, jamais totalement dissipés.
Au centre de cette partition délicate, Patrice Motsepe, président de la Confédération africaine de football, chef d’orchestre d’une institution sommée de rassurer sans jamais vraiment expliquer. À chaque polémique, la même musique: indépendance des commissions, respect des procédures, intégrité du processus. Une symphonie bien rodée, dont les notes commencent pourtant à sonner familièrement creuses aux oreilles d’un public de plus en plus sceptique.
Et puis il y a le Maroc, pays hôte, vitrine d’un football africain ambitieux, moderne, conquérant. Un organisateur irréprochable du moins sur le plan logistique. Mais aussi, aux yeux de certains, un acteur dont l’influence dépasse désormais largement les lignes de touche. Réalité ou fantasme ? Là encore, la frontière est aussi floue qu’un ralenti mal cadré.
Le plus fascinant, au fond, n’est pas tant ce qui s’est passé que ce que chacun croit avoir vu. Dans cette CAN, les faits sont discutés, les décisions contestées, mais les perceptions elles sont profondément ancrées. Et dans le football contemporain, la perception est une vérité qui n’a pas besoin de preuve pour exister.
Ainsi se dessine une CAN 2025 à double lecture:
Deux récits qui coexistent sans jamais se rencontrer, comme deux équipes refusant obstinément de jouer sur le même terrain.
Au final, personne n’avouera rien. Personne ne prouvera tout. Mais une chose est certaine : le football africain sort de cette séquence avec une question suspendue au-dessus de lui, comme un ballon qui refuse de retomber.
Et si, finalement, le vrai match ne se jouait pas sur la pelouse mais dans les coulisses où se croisent influence, pouvoir et élégants silences?
There are Africa Cup of Nations tournaments that are played. And then some are narrated. AFCON 2025, hosted with grandeur in Morocco, firmly belongs to the latter category: a competition where goals mattered, of course, but where silences often weighed far more than the nets that rippled.
So, what, in the end, do we remember? Fiercely contested matches? Certainly. Emotion? Undoubtedly. But above all, that lingering, almost stubborn feeling that something, somewhere, was not entirely right within the grand machinery of African football, overseen by the Confederation of African Football.
On the pitch, referees blew their whistles. Or rather, they interpreted. With a creativity that, if not universally applauded, at least succeeded in igniting passionate debate. Should we call them human errors? Questionable judgment? Or a refined sense of contextual opportunity? The question remains carefully unanswered.
Because in the upper echelons, one never speaks of “scandal.” One prefers “incidents.” Not “controversy,” but “regrettable sequences.” The vocabulary is polished, almost elegant, much like a system of governance where everything always appears under control, especially the unexpected.
Meanwhile, in VIP lounges and diplomatic corridors, one figure was impossible to ignore: Gianni Infantino, president of FIFA, whose prolonged presence in Morocco began to resemble less an official visit and more an unofficial residency. Matches, receptions, smiles, handshakes, and omnipresence so constant it became, paradoxically, remarkable.
Officially, nothing to report. Unofficially, everything to interpret.
For modern football is not merely a sport, it is a language. And in that language, symbols matter. A presence here. A proximity there. A silence elsewhere. Taken together, these signs form parallel narratives, which are rarely confirmed, never entirely dismissed.
At the center of this delicate composition stands Patrice Motsepe, president of the Confederation of African Football, conductor of an orchestra tasked with reassuring without ever truly explaining. With every controversy comes the same refrain: independence of committees, respect for procedures, integrity of process. A well-rehearsed symphony whose notes are beginning to sound increasingly hollow to a skeptical audience.
And then there is Morocco, the host nation showcase of an ambitious, modern, rising African football power. An impeccable organizer at least logistically. But also, in the eyes of some, a player whose influence now extends far beyond the touchline. Reality or perception? Once again, the line is as blurred as a poorly framed replay.
What is most fascinating, ultimately, is not so much what happened as what people believe they saw. In this AFCON, facts are debated, decisions contested, but perceptions are deeply entrenched. And in modern football, perception is a truth that requires no proof to exist.
Thus an AFCON 2025 of dual interpretation emerges:
Two narratives that coexist without ever converging, like two teams stubbornly refusing to play on the same pitch.
In the end, no one will confess everything. No one will prove anything entirely. But one certainty remains: African football emerges from this episode with a question suspended above it like a ball that refuses to fall.
And what if, in the end, the real match was not played on the field at all but in the corridors where influence, power, and elegant silences collide?
La longévité exceptionnelle de Cavayé Yéguié Djibril à la tête de l’Assemblée nationale du Cameroun aura marqué toute une époque. Trente-quatre années durant, il a incarné la stabilité d’un système politique solidement arrimé à la figure du président Paul Biya. Pourtant, en mars 2026, cette stabilité a cédé la place à une transition aussi discrète que révélatrice.
Officiellement, son remplacement s’inscrit dans une logique de renouvellement. À 86 ans, l’ancien président de l’Assemblée nationale apparaissait comme l’un des symboles d’une élite vieillissante, de plus en plus en décalage avec les attentes d’une population en quête de renouveau. Mais cette explication, bien que recevable, ne suffit pas à éclairer les véritables ressorts de son éviction.
En réalité, le départ de Cavayé est l’aboutissement d’un lent processus d’érosion politique. Au fil des années, plusieurs initiatives jugées inopportunes ont contribué à fragiliser sa position. Des ambitions perçues comme prématurées, des prises de parole sensibles, et certaines sorties publiques mal maîtrisées ont progressivement entamé le capital de confiance dont il jouissait auprès du sommet de l’État. Dans un système où la discipline et la loyauté priment, ces écarts, même ponctuels, peuvent s’avérer déterminants.
L’épisode survenu en 2025 à Maroua, au cours duquel son intervention publique a suscité malaise et incompréhension, a cristallisé les doutes. Bien plus qu’un simple incident, cet événement a servi de révélateur : celui d’un homme politique en fin de cycle, dont la présence devenait difficile à maintenir au cœur d’un dispositif étatique en quête de maîtrise et de cohérence.
Car au-delà du cas individuel, c’est bien une stratégie d’ensemble qui se dessine. Sous l’impulsion de Paul Biya, le pouvoir camerounais semble engagé dans une reconfiguration progressive de ses élites dirigeantes. L’objectif est double: préserver les équilibres internes tout en préparant, à bas bruit, une transition générationnelle contrôlée. Dans cette perspective, aucun poste, aussi symbolique soit-il, ne peut rester figé indéfiniment.
Théodore Datouo: l’homme du choix stratégique
La désignation de Théodore Datouo à la tête de l’Assemblée nationale ne relève pas du hasard. Bien au contraire, elle s’inscrit dans une logique politique rigoureusement calibrée.
Moins exposé médiatiquement que son prédécesseur, Datouo apparaît comme un profil typique du sérail : discret, discipliné et réputé pour sa loyauté envers l’exécutif. Son parcours, ancré dans les rouages du pouvoir, en fait un homme de confiance, capable de garantir la continuité sans susciter de tensions internes.
Son choix répond à plusieurs impératifs stratégiques :
Ainsi, là où Cavayé incarnait une forme de pouvoir personnel consolidé par le temps, Datouo symbolise un retour à une gestion plus sobre et plus contrôlée des institutions.
Une transition révélatrice
Le remplacement de Cavayé Yéguié Djibril par Théodore Datouo dépasse le simple cadre d’un changement de personne. Il traduit une évolution plus profonde du système politique camerounais, où la longévité ne garantit plus l’intangibilité, et où la loyauté, constamment réévaluée, demeure la clé de voûte du pouvoir.
Dans un pays où les équilibres sont minutieusement orchestrés, cette transition pourrait bien annoncer d’autres ajustements à venir. Car derrière le calme apparent des institutions, c’est toute une mécanique de recomposition qui est à l’œuvre — silencieuse, mais résolument stratégique.
The extraordinary longevity of Cavayé Yéguié Djibril at the helm of the National Assembly of Cameroon defined an entire political era. For thirty-four years, he embodied the stability of a system firmly anchored to the authority of President Paul Biya. Yet in March 2026, that stability gave way to a transition as discreet as it was revealing.
Officially, his replacement is framed as part of a renewal process. At 86, the former Speaker had come to symbolize an aging political elite increasingly out of step with a population demanding change. But this explanation, while plausible, falls short of capturing the deeper forces behind his removal.
In reality, Cavayé’s departure is the culmination of a slow process of political erosion. Over the years, several initiatives deemed inappropriate weakened his standing. Perceived premature ambitions, sensitive public statements, and occasional missteps gradually eroded the trust he once enjoyed at the highest levels of the state. In a system where discipline and loyalty are paramount, even minor deviations can prove decisive.
The 2025 incident in Maroua, during which his public address caused discomfort and confusion, crystallized these doubts. More than a mere episode, it served as a turning point, revealing a political figure at the end of his cycle, whose continued presence had become increasingly difficult to sustain within a system seeking coherence and control.
Beyond the individual case, a broader strategy is clearly at play. Under the leadership of Paul Biya, Cameroon appears to be undergoing a gradual reconfiguration of its ruling elite. The objective is twofold: to preserve internal balances while quietly preparing a controlled generational transition. In this context, no position, no matter how symbolic, can remain indefinitely untouched.
Théodore Datouo: The Man Behind the Strategic Choice
The appointment of Théodore Datouo as head of the National Assembly is far from accidental. On the contrary, it reflects a carefully calibrated political calculation.
Less publicly visible than his predecessor, Datouo fits the profile of a system insider: discreet, disciplined, and widely regarded as loyal to the executive branch. His career, deeply rooted within the structures of power, makes him a trusted figure capable of ensuring continuity without provoking internal tensions.
His selection meets several strategic imperatives:
Where Cavayé embodied a form of entrenched, personalized power built over decades, Datouo represents a return to a more restrained and tightly managed institutional leadership.
A Telling Transition
The replacement of Cavayé Yéguié Djibril by Théodore Datouo goes beyond a simple change of individuals. It reflects a deeper evolution within Cameroon’s political system one in which longevity no longer guarantees permanence, and where loyalty, constantly reassessed, remains the cornerstone of power.
In a country where political balances are meticulously orchestrated, this transition may well signal further adjustments ahead. For beneath the calm surface of institutions, a broader process of transformation is quietly unfolding deliberate, controlled, and unmistakably strategic.
CONSTY EKA, DU VILLAGE AU SOMMET DU PETIT ÉCRAN AFRICAIN
Né sous le nom de Constantin Ekani Mebenga, Consty Eka s’est imposé au fil des décennies comme l’une des figures les plus influentes de l’audiovisuel africain francophone. Originaire du Cameroun, il débute sa carrière au sein de la télévision nationale camerounaise où son charisme naturel et sa maîtrise des formats narratifs télévisuels le distinguent rapidement de ses pairs.
Animateur, journaliste, puis producteur visionnaire, il devient progressivement une référence incontournable dans l’art de la présentation télévisée en Afrique centrale. Sa migration professionnelle vers la Côte d’Ivoire marque un tournant majeur dans sa carrière, lui permettant de s’inscrire durablement dans le paysage médiatique ouest-africain et de toucher un public continental.
Fondateur du groupe CEKAM, de la chaîne CEN TV et de la radio Voltage 2, Consty Eka se distingue également comme entrepreneur médiatique, déterminé à offrir aux talents africains des plateformes d’expression adaptées aux réalités culturelles locales.
Pionnier du talk-show africain moderne, il est notamment le créateur de l’émission culte Confidences, diffusée sur TV5 International, et initiateur dès 1992 des Africar Music Awards, une initiative avant-gardiste destinée à célébrer l’excellence musicale africaine à une époque où le continent manquait cruellement de distinctions institutionnelles.
En 2022, il reçoit le prestigieux prix de Légende de la communication audiovisuelle aux ASCOM Awards à Abidjan, consacrant ainsi plus de trente années d’engagement au service de l’image et de la parole publique africaine.
Consty Eka s’est éteint le 16 février 2026 à Abidjan des suites d’un malaise, laissant derrière lui un héritage qui dépasse les frontières nationales pour s’inscrire dans l’histoire médiatique du continent.
HOMMAGE: L’HOMME QUI A DONNÉ UN VISAGE À LA PAROLE AFRICAINE
Il y a des voix qui informent. Et il y a celles qui transforment.
Pendant plus de trois décennies, Consty Eka a incarné cette deuxième catégorie. Dans un continent où l’image fut trop souvent produite ailleurs et racontée par d’autres, il a compris bien avant les plateformes numériques, bien avant la démocratisation des studios indépendants que l’Afrique devait reprendre le contrôle de son récit.
Sur les plateaux de Douala, de Yaoundé puis d’Abidjan, il n’était pas seulement un animateur: il était le miroir dans lequel toute une génération de journalistes et de créateurs venait apprendre à se regarder. Dès la fin des années 80, ses émissions ont redéfini les codes de la télévision africaine, mêlant proximité sociale, exigence professionnelle et conscience culturelle.
Le surnom de « Roi de la Télé » n’était pas une flatterie médiatique.
C’était une reconnaissance populaire.
À travers ses programmes, ses médias et ses initiatives culturelles, Consty Eka a accompagné l’émergence de dizaines de figures majeures du journalisme, de la musique et du divertissement africains. Il a offert une scène aux invisibles, une parole aux marginaux et une vitrine aux talents trop longtemps confinés aux coulisses.
Les hommages venus du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, du Congo et d’ailleurs témoignent d’une influence qui dépassait largement les frontières nationales. Artistes, journalistes, universitaires et anonymes s’accordent à saluer un mentor, un frère, un bâtisseur. Pour beaucoup, il était cette voix familière qui accompagnait les soirées familiales; pour d’autres, ce modèle silencieux qui inspirait les vocations.
Dans un monde médiatique en mutation rapide, Consty Eka restera comme celui qui aura refusé de voir la télévision africaine réduite à un simple relais. Il en a fait un espace de création, de débat et de transmission.
Aujourd’hui, le trône est vide. Mais l’héritage, lui, demeure.
CONSTY EKA FROM HUMBLE BEGINNINGS TO THE SUMMIT OF AFRICAN BROADCASTING
Born Constantin Ekani Mebenga, Consty Eka rose over the decades to become one of the most influential figures in Francophone African audiovisual media. Originally from Cameroon, he began his professional journey at the national broadcaster, where his natural charisma and mastery of televised storytelling quickly set him apart from his peers.
A journalist, host, and later a visionary producer, he gradually became a reference point in the art of television presentation across Central Africa. His professional relocation to Côte d’Ivoire marked a decisive turning point in his career, enabling him to firmly establish himself within the West African media landscape and connect with a broader continental audience.
Founder of the CEKAM Group, the television network CEN TV, and Voltage 2 Radio, Consty Eka distinguished himself as a media entrepreneur committed to offering African talent platforms aligned with local cultural realities.
A pioneer of the modern African talk show format, he notably created the cult program Confidences, broadcast on TV5 International, as well as the Africar Music Awards in 1992, a forward-thinking initiative designed to celebrate African musical excellence at a time when continental recognition platforms were scarce.
In 2022, he was honored in Abidjan with the prestigious Legend of Audiovisual Communication Award at the ASCOM Awards, recognizing over three decades of dedication to African public discourse and image-making.
Consty Eka passed away on February 16, 2026, in Abidjan following a sudden illness, leaving behind a legacy that transcends national borders and is now etched into the history of African media.
TRIBUTE: THE MAN WHO GAVE A FACE TO AFRICAN VOICES
Some voices inform. Others transform.
For more than three decades, Consty Eka belonged firmly to the latter category. On a continent where images were too often produced elsewhere and stories narrated by outsiders, he understood long before the rise of digital platforms and independent studios that Africa needed to reclaim control over its own narrative.
From television studios in Douala and Yaoundé to those in Abidjan, he was not merely a presenter: he was the mirror through which an entire generation of journalists and creators learned to see themselves. As early as the late 1980s, his programs redefined the codes of African television, blending social proximity, professional rigor, and cultural awareness.
The nickname “King of Television” was not media flattery.
It was popular recognition.
Through his programs, media ventures, and cultural initiatives, Consty Eka helped nurture the emergence of dozens of major figures in African journalism, music, and entertainment. He offered a stage to the invisible, a voice to the marginalized, and a showcase to talents long confined to the margins.
Tributes from Cameroon to Côte d’Ivoire, from the Congo and beyond, reflect an influence that far exceeded national borders. Artists, journalists, academics, and everyday citizens alike salute a mentor, a brother, and a builder. For many, he was the familiar voice accompanying family evenings; for others, the silent role model who inspired lifelong vocations.
In a rapidly evolving media world, Consty Eka will be remembered as the man who refused to allow African television to become a mere relay station. He turned it into a space for creation, debate, and transmission.
Today, the throne is empty. But the legacy remains.