KAVIMVIRA ROUVRE: LA FRONTIÈRE S’OUVRE, MAIS LES PLAIES RESTENT BÉANTES

Patsonvilla
Vue générale du poste frontière de Kavimvira entre la République démocratique du Congo et le Burundi, le 14 décembre 2025. © Jospin Mwisha, AFP.

Lundi matin, à Kavimvira, la frontière entre la République Démocratique du Congo et le Burundi s’est rouverte. Officiellement, c’est une bonne nouvelle. Une victoire administrative dans une région où chaque tampon sur un passeport devient une preuve de survie.

Mais sur le terrain, ce que l’on voit n’a rien d’un retour à la paix.
On voit des silhouettes épuisées. Des familles entières qui traversent non pas parce que la guerre est finie… mais parce que la faim, elle, ne ferme jamais.

Ce poste frontalier stratégique, verrouillé depuis décembre 2025 après l’offensive du M23 sur la ville d’Uvira, était devenu l’un des nombreux symboles d’un État contraint de suspendre son économie au rythme des kalachnikovs. Pendant plus de deux mois, les échanges commerciaux ont été paralysés, laissant une région déjà enclavée s’enfoncer davantage dans la pénurie.

Car Uvira ne produit pas. Uvira attend.

Elle attend les vivres venus du Burundi. Les médicaments venus d’ailleurs.
Les matériaux de construction qui ne franchissent plus les collines armées.

Depuis que Bukavu capitale provinciale du Sud-Kivu, est tombée sous contrôle du M23 en février 2025, l’Est congolais survit sous perfusion étrangère. Et lorsque cette perfusion est coupée, ce sont les civils qui suffoquent.

Officiellement, le groupe rebelle s’est retiré d’Uvira en janvier 2026, prétendument à la demande des États-Unis. L’armée congolaise affirme avoir repris le contrôle de la cité. Mais dans cette guerre de communiqués, les seules certitudes restent les camps de réfugiés qui débordent.

Plus de 80 000 personnes ont fui vers le Burundi.

Là-bas, dans des installations improvisées devenues permanentes par la force de l’habitude, des milliers de Congolais vivent entassés dans des conditions que les organisations humanitaires qualifient pudiquement de “critiques”. Fin décembre, le choléra y a déjà emporté plusieurs vies preuve que même loin des balles, la mort continue de circuler librement.

Certains rêvent de rentrer. Mais rentrer où ?

Les autorités évoquent des décisions “bientôt”. Les diplomates parlent de stabilisation. Pendant ce temps, près de 5 000 soldats burundais restent déployés dans les plateaux montagneux du Sud-Kivu pour soutenir Kinshasa contre le M23 et ses alliés.

Dans cette région meurtrie par trois décennies de conflits, chaque réouverture de frontière ressemble moins à une avancée qu’à une pause entre deux catastrophes.

Alors oui, Kavimvira est rouverte. Les gens traversent. Mais ce qu’ils cherchent de l’autre côté, ce n’est pas un marché c’est un répit.