La Farce Électorale Camerounaise: Kamto Écarté, Biya Prépare Sa Prochaine Couronne
Dans un pays où les élections ne sont qu’un simulacre de démocratie, le Cameroun vient de franchir un nouveau cap dans l’absurde. L’organe électoral ELECAM a rejeté, sans fournir d’explication, la candidature de Maurice Kamto à la présidentielle de 2025. Ce dernier, principal rival du président Biya, portait l’espoir de millions de citoyens avides de changement.
Samedi, la commission a dévoilé une liste bien filtrée de 13 candidats autorisés à concourir. Kamto n’en faisait pas partie. Un oubli? Certainement pas. Une manœuvre politique, méthodique et cynique. Les recalés n’ont que 48 heures pour faire appel. Mais l’appel à qui? Dans quel but, sinon celui de maintenir une illusion démocratique ?
Maurice Kamto, 71 ans, juriste et homme politique chevronné, incarne depuis plus d’une décennie l’alternative crédible au régime de Yaoundé. Arrivé deuxième lors du scrutin de 2018 sous la bannière de son propre parti, le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), il avait rassemblé un électorat enthousiaste malgré les fraudes massives qui ont entaché le processus.
Cette fois-ci, Kamto avait choisi une stratégie audacieuse : s’unir au MANIDEM (Mouvement Africain pour la Nouvelle Indépendance et la Démocratie), parti communiste au discours radical et panafricaniste. Une alliance inattendue et puissante – trop puissante aux yeux du pouvoir.
Une Nation Sous Tension
À peine la liste rendue publique, Yaoundé et Douala se sont transformées en zones de sécurité renforcée. Policiers, gendarmes, blindés : tout un arsenal déployé pour contenir une colère populaire anticipée. Le Bureau des Nations unies pour la sécurité avait, la veille, lancé un avertissement sur les risques de protestations massives.
Sur les 83 candidatures initiales, seules 13 ont été retenues. Parmi les « élus », on retrouve des visages familiers du régime: Issa Tchiroma Bakary, ex-ministre de l’emploi et défenseur notoire de Biya, ou encore Bello Bouba Maigari, vieux compagnon de route du président. Une opposition de décor pour un scrutin déjà verrouillé.
Biya, Monarque Sans Fin
Et au sommet de cette pyramide figée : Paul Biya. À 92 ans, il est le doyen des chefs d’État en exercice dans le monde. Quarante-deux ans de règne sans partage. Une longévité qui dépasse l’imagination, alimentée par une constitution taillée sur mesure et une armée de fidèles serviteurs.
Mais derrière cette façade d’éternité se cache un bilan accablant: une administration gangrenée par la corruption, une guerre civile larvée dans les régions anglophones, des services publics déliquescents, une jeunesse sans avenir, et un exode massif des talents.
Et pourtant, le patriarche s’accroche. L’annonce de sa candidature pour le scrutin du 12 octobre prochain sonne comme une gifle à la nation. L’homme ne gouverne plus ; il régente, dans un silence impénétrable, pendant que ses lieutenants répriment et pillent.
Une Tragédie Qui Dépasse Les Frontières
Le Cameroun n’est pas un cas isolé. Sa dérive autoritaire s’inscrit dans une tendance régionale inquiétante, alors que le Sahel s’embrase et que les coups d’État deviennent monnaie courante. Une élection truquée dans ce pays stratégique pourrait avoir des conséquences en cascade sur toute l’Afrique centrale. Et pourtant, la communauté internationale regarde ailleurs anesthésiée par la diplomatie du statu quo.
Un Peuple Mérite Mieux
L’éviction de Maurice Kamto ne vise pas seulement un homme, mais tout un peuple. Elle nie le droit fondamental des Camerounais à choisir librement leur destin. Elle enterre l’espoir de millions de jeunes qui refusent de croire que leur avenir est scellé dans un passé sans fin.
Ce n’est plus de politique qu’il s’agit, mais de dignité. De souveraineté populaire. D’un cri de révolte contre un pouvoir devenu sourd à la voix du peuple.
Le Cameroun est à la croisée des chemins: poursuivre son sommeil dictatorial ou se réveiller pour exiger la démocratie réelle. Le monde observe mais surtout, ses propres enfants scrutent l’horizon.