CAMEROUN: QUAND LE MINISTÈRE DES SPORTS SÈME LE CHAOS DANS LE MOUVEMENT SPORTIF NATIONAL

Franck Gutenberg
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Au Cameroun, l’ingérence du Ministère des Sports n’est plus une rumeur, c’est un mode de gouvernance. À défaut de politiques publiques solides pour fournir de l’eau potable, un système éducatif efficient ou un réseau électrique fiable, c’est dans le sport que l’État semble concentrer toute son énergie mais pas pour le développement, non. Pour l’entrisme, le népotisme et le chaos.

Le cas Marc Brys: le double jeu du Ministère exposé

Le feuilleton Marc Brys a révélé au grand jour les pratiques douteuses d’un ministère prêt à tout pour garder le contrôle sur des fédérations qui devraient être autonomes. Le sélectionneur belge, après avoir transmis sa démission à la FECAFOOT via un huissier de justice, s’est rétracté sous prétexte de piratage, dans une mise en scène aussi pathétique qu’indigne. Ce revirement, soutenu en coulisses par le ministère, visait à contenir les fuites explosives sur les rétrocommissions et contrats occultes.

En réalité, Brys n’a pas seulement quitté ses fonctions de son propre chef il a aussi, selon plusieurs sources, révélé les dessous embarrassants de son recrutement et des avantages occultes versés à certaines figures du ministère. Ce fut l’étincelle de trop dans une poudrière où se mélangent conflits d’intérêt, manipulations et règlements de comptes politiques.

FECAVOLLEY: la diplomatie humiliée par un amateurisme d’État

Le scandale du volley-ball féminin est encore plus grave. Une délégation illégitime, soutenue par le ministère au détriment du président légal Julien Serge Abouem, a tenté d’obtenir des visas auprès de l’ambassade du Brésil. La tentative a échoué grâce à l’alerte du Ministère des Relations Extérieures (MINREX) et à la fermeté de la Cour suprême, qui avait déjà tranché en faveur de l’exécutif légitime.

Mais plutôt que de respecter ces décisions, le ministère a tenté une manœuvre douteuse: faire passer cette délégation fantoche pour une “mission de service public” en usant de passeports de service. C’est une forme de fraude diplomatique qui aurait pu engendrer une crise internationale si les autorités brésiliennes s’étaient laissées piéger.

Ce n’est pas la première fois : en janvier 2025, à Zurich, 19 faux joueurs de handball camerounais ont été arrêtés pour tentative d’entrée frauduleuse. Le chef du groupe ? Un haut fonctionnaire du ministère des Sports.

Pourquoi une telle ingérence ?

À cette question, plusieurs réponses s’imposent :

  1. Contrôle politique: Le ministère cherche à garder la mainmise sur les fédérations pour y placer des fidèles ou des marionnettes, souvent au mépris de la compétence ou de la légitimité.
  2. Corruption systémique : Les contrats d’entraîneurs, les fonds de préparation, les déplacements internationaux… sont autant d’occasions de détourner des ressources ou de négocier des commissions occultes.
  3. Écran de fumée électoral : À l’approche d’échéances électorales, le sport est instrumentalisé pour détourner l’attention de l’opinion publique. Pendant que les jeunes s’enflamment sur des querelles sportives, les questions fondamentales comme l’accès à l’eau, l’éducation, ou la santé sont reléguées au second plan.

Une République prise en otage

Ce qui se joue ici dépasse largement le cadre sportif. Il s’agit d’une crise de gouvernance, d’un détournement de l’intérêt public au profit de petits calculs politiques et mafieux. En sacrifiant la crédibilité de ses fédérations, le Cameroun s’expose à l’isolement diplomatique et au mépris de ses partenaires.

Quand les fédérations deviennent le champ de bataille de fonctionnaires en mal de pouvoir, c’est la jeunesse camerounaise qui paie le prix fort. Celle-là même qui manque d’eau, d’électricité, de bourses, de terrains de sport… mais à qui l’on vend des illusions patriotiques pendant que d’autres pillent l’appareil d’État.

Conclusion : L’heure de la rupture

Le Cameroun doit faire un choix : continuer à tolérer ces dérives ou restaurer la légitimité des fédérations et l’autonomie du mouvement sportif. Cela passe par une réforme profonde du ministère des Sports, une enquête judiciaire sur les cas Brys et FECAVOLLEY, et un audit de tous les contrats et financements liés au sport.

Il en va de la crédibilité du pays. Il en va de sa jeunesse. Il en va de l’honneur de la République.