Paul Biya n’a pas encore dit officiellement qu’il briguera un autre mandat. Mais ses silences lourds, ses mises en scène contrôlées et les déclarations lénifiantes de ses proches laissent planer une odeur de déjà-vu, de déjà-entendu, de déjà-subi.
Et si cela se confirmait? Si à 91 ans, celui qui gouverne le Cameroun depuis 1982 osait se représenter à la magistrature suprême ? Ce ne serait plus seulement une démonstration de mépris pour le peuple. Ce serait un acte de prédation politique inqualifiable. Une gifle à la mémoire collective. Une condamnation à perpétuité infligée à toute une génération.
Paul Biya : Président ou otage du système ?
Soyons honnêtes : Paul Biya ne dirige plus le Cameroun depuis des années. Il est devenu le symbole d’un pouvoir par procuration, où des clans rivaux s’affrontent non pas pour gouverner, mais pour avoir accès à la mangeoire. Chaque signature, chaque décret, chaque nomination est le fruit de calculs d’un système qui a fait de l’opacité un art de gouvernance.
À son âge, le président n’est plus qu’un masque. Derrière ce masque, des mains sans visages manipulent l’État. Et derrière ces mains, une peur viscérale : celle de perdre l’accès aux milliards volés, aux contrats truqués, aux privilèges exorbitants.
Car une chose est certaine : ses anciens collaborateurs ne redoutent pas la chute de Biya pour des raisons idéologiques. Non. Ils craignent l’audit. La vérité. Le tribunal. L’inventaire.
Piller en paix : objectif numéro un
Le maintien au pouvoir de Paul Biya n’est pas un projet de société. C’est un projet de couverture. Tant qu’il est là, affaibli, distant, invisible, tout est permis : surfacturation des projets, détournements massifs, pillage des marchés publics, prédation foncière, impunité généralisée.
Les milliards engloutis dans la construction des stades, les scandales liés à Camtel, à l’électricité, aux réseaux téléphoniques défaillants, aux hôpitaux fantômes… tout cela se fait sous le regard vide d’un pouvoir figé, plus préoccupé par sa propre survie que par celle du peuple.
Le Cameroun devient ainsi une entreprise en liquidation gérée par des héritiers indignes qui refusent de quitter les lieux de peur d’être rattrapés par la justice – ou par la colère populaire.
Et le peuple dans tout ça ?
Le peuple camerounais, lui, regarde, observe, endure. Il endure les coupures d’eau, les factures injustifiées, les routes défoncées, les soins de santé inaccessibles, l’éducation dégradée, la police corrompue, la jeunesse sans emploi. Et pourtant, il continue à voter, parfois à espérer, souvent à se résigner.
Mais jusqu’à quand ?
Une candidature de trop… ou un sursaut salvateur ?
Si Paul Biya annonce sa candidature pour 2025, cela doit être le point de rupture. Car cette candidature serait celle du mépris absolu, de l’indifférence clinique, de la provocation finale. Ce ne serait plus Biya contre l’opposition, mais Biya contre l’Histoire. Biya contre son propre peuple. Biya contre le bon sens.
La question n’est plus de savoir s’il peut encore gouverner. Il ne le peut pas.
La vraie question est : jusqu’où laisserons-nous ce théâtre durer ?