CÔTE D’IVOIRE SOUS TENSION: UNE FAUSSE ALERTE DE COUP D’ÉTAT RÉVÈLE UNE CRISE ÉLECTORALE PROFONDE

By Franck Gutenberg
Luc Gnago/Reuters

Cette semaine, la Côte d’Ivoire s’est retrouvée au cœur d’une tempête numérique: des publications virales sur les réseaux sociaux ont affirmé qu’un coup d’État militaire était en cours à Abidjan. Des images de bâtiments en feu, de foules agitées, et même des rumeurs sur la disparition du président Alassane Ouattara ont circulé. Mais aucune de ces informations n’était fondée.

La réalité? Aucun incident majeur n’a été signalé par les autorités. Les vidéos relayées provenaient d’anciennes manifestations ou de contextes étrangers. L’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) a dénoncé une « campagne de désinformation coordonnée » visant à semer la panique à l’approche des élections générales d’octobre.

Mais derrière ces rumeurs, une vraie crise politique gronde. L’opposant Tidjane Thiam, ancien patron du Crédit Suisse et figure montante de la politique ivoirienne, a été exclu de la course présidentielle pour des raisons techniques liées à sa double nationalité. Pour ses partisans, il s’agit d’un coup monté destiné à l’écarter d’un scrutin où il faisait figure de favori.

Cette disqualification ravive les blessures d’un passé violent. En 2010, un refus de reconnaître les résultats électoraux avait conduit à une guerre civile ayant fait plus de 3 000 morts. Aujourd’hui, le spectre de cette période ressurgit.

Le président Ouattara, salué pour sa gestion économique, est critiqué pour son autoritarisme croissant. La perspective d’un quatrième mandat malgré la limitation constitutionnelle alimente les tensions. Une réforme de 2016 a réinitialisé les compteurs, permettant théoriquement sa nouvelle candidature. Mais une grande partie de la population y voit une dérive antidémocratique.

Dans ce climat tendu, la jeunesse ivoirienne, de plus en plus désillusionnée, observe avec intérêt les exemples voisins: les jeunes dirigeants militaires du Mali et du Burkina Faso, qui rejettent ouvertement l’influence française, jouissent d’une popularité croissante dans la région.

En attendant, d’autres figures politiques se positionnent: Simone Gbagbo, ancienne première dame, et Pascal Affi N’Guessan, ex-Premier ministre, briguent également la magistrature suprême. Quant à Tidjane Thiam, il refuse d’abandonner. Réélu à la tête de son parti malgré les revers judiciaires, il affirme vouloir « continuer le combat ».

Ce qui se joue en Côte d’Ivoire dépasse une simple élection. C’est l’avenir de la démocratie, de la souveraineté et de la stabilité du pays qui est en jeu.

La fausse alerte au coup d’État n’était peut-être qu’un avertissement: dans une nation aussi divisée que connectée, la vérité elle-même devient un champ de bataille.