De Sankara à Traoré: La Côte d’Ivoire est-elle devenue la porte dérobée des complots néocoloniaux ?
On dit que l’histoire ne se répète pas, mais qu’elle bégaie. En Afrique de l’Ouest, ce bégaiement devient assourdissant.
En 1987, Thomas Sankara, président révolutionnaire du Burkina Faso, est assassiné lors d’un coup d’État orchestré avec la complicité supposée de la Côte d’Ivoire, dirigée à l’époque par Félix Houphouët-Boigny, allié fidèle de Paris.
La trahison fut profonde, et avec elle s’éteignait l’un des plus beaux rêves panafricains.
Aujourd’hui, un autre capitaine bouleverse l’ordre établi : Ibrahim Traoré, jeune président de transition burkinabè, qui fait face à une tentative de coup d’État dont les instigateurs présumés se trouveraient… encore à Abidjan.
La question brûle les lèvres : le président Alassane Ouattara est-il le nouveau Houphouët-Boigny ?
Pourquoi la Côte d’Ivoire ? Pourquoi Ouattara ?
Pays stratégiquement positionné, partenaire économique majeur de la France et figure diplomatique en Afrique de l’Ouest, la Côte d’Ivoire a longtemps servi de relais discret des intérêts occidentaux.
Le président Alassane Ouattara, ancien cadre du FMI, est perçu comme l’un des derniers remparts de l’ordre ancien dans une région en pleine mutation. Alors que le Burkina Faso, le Mali et le Niger tournent le dos à la France et se rapprochent de nouveaux alliés comme la Russie, Abidjan demeure silencieuse, presque mal à l’aise.
Et c’est précisément depuis ce silence que des informations évoquent la présence sur le sol ivoirien de militaires burkinabè dissidents et de réseaux hostiles à Traoré.
Cela vous rappelle quelque chose ? C’est exactement ce que fit Houphouët-Boigny en 1987 en ouvrant ses portes à Blaise Compaoré, le traître de Sankara.
Le Judas est-il encore parmi nous ?
Le plus grave n’est pas que des puissances étrangères veuillent renverser Traoré. Cela, l’Afrique l’a toujours combattu.
Le plus grave, c’est que la trahison vient d’un frère africain.
La Côte d’Ivoire et le Burkina Faso partagent des frontières, des peuples, des langues. Mais à chaque moment charnière, la Côte d’Ivoire semble se positionner du mauvais côté de l’Histoire.
Ce fut Sankara. Ce sera peut-être Traoré.
Ouattara, à l’heure du choix
Le président Ouattara est à un tournant historique.
Sera-t-il celui dont l’héritage s’inscrira comme un bâtisseur de stabilité régionale, ou comme le nouveau Judas qui aura trahi une génération assoiffée de dignité et de souveraineté ?
Car si le coup d’État contre Traoré est lié à Abidjan, si les traîtres trouvent refuge sous la protection de l’État ivoirien, l’Histoire jugera sans appel.
Et s’il n’est pas complice, pourquoi ce silence ? Pourquoi aucune déclaration officielle de soutien à son voisin burkinabè ?
Dans la diplomatie africaine, le silence est rarement neutre.
L’Afrique ne pourra jamais se libérer si elle se poignarde elle-même
Traoré est plus qu’un président de transition. Il incarne l’esprit de Sankara, le rêve panafricain encore debout malgré les balles et les trahisons.
Mais tant que la Côte d’Ivoire continuera d’ouvrir ses portes aux complots et de fermer les yeux sur les trahisons, le continent restera prisonnier d’une guerre fratricide orchestrée par la peur et l’intérêt personnel.
Alors, la Côte d’Ivoire est-elle une terre de dialogue et de solidarité, ou la passerelle éternelle de la trahison africaine ? L’Histoire observe. Le peuple n’oubliera pas.